Pour une capitale plus audacieuse
Depuis son accession au pouvoir, le maire de Québec, Régis Labeaume, plaide en faveur d'une ville plus dynamique et originale. Ses vues pour le développement du quartier Saint-Roch sont des plus claires à cet égard. Il faut que ce soit flyé, voire fou, décrète-t-il afin d'attirer l'attention du monde, résidents éventuels comme touristes potentiels. Le discours rafraîchit autant qu'il détonne dans une capitale au confort ronronnant, qui découvre son vaste potentiel après 400 ans de développement tranquille. Souhaitons que le message soit entendu et partagé par la population. Autrement, les projets d'avenir pourraient être nombreux à s'aligner sur la liste des vœux pieux.
Le collègue Frédérick Masson avait raison de mentionner la semaine dernière dans cette page que les yeux de Montréal sont tournés vers Québec. Et, la capitale attise l'envie pour les bonnes raisons. Toutefois, il importe de profiter de cet élan favorable pour ouvrir nos horizons et faire en sorte que le désir de se dépasser et de se démarquer ne soit pas éphémère et passager. Car, avouons-le, Québec a la fâcheuse habitude de manquer d'audace. Trop souvent, les idées prometteuses sont étouffées par le diktat du contribuable obtus, qui ne s'anime que pour ses taxes, ses trottoirs et ses vidanges.
On l'a encore constaté récemment, alors qu'étaient dévoilés les gagnants du concours de réaménagement Paysages suspendus. Le projet «Éclosion» de l’équipe Côté Leahy Cardas, architectes/SNC Lavalin, retenu pour orner les bretelles de l’autoroute Dufferin, ne fait pas l'unanimité. Comme trop souvent auparavant, ce concept de facture contemporaine est l'objet de critiques par les experts improvisés de l'art urbain, qui foisonnent dans nos banlieues et quartiers uniformes et sans surprise. On n'arrive pas à s'imaginer que ces formes ovoïdes luminescentes puissent devenir une signature visuelle à l'entrée nord-ouest de Québec.
Le scénario se répète dès qu'un projet original pointe le bout d'une intention pour enrichir le décor de la plus vieille cité d'Amérique du Nord. Quand ce n'est pas la crainte injustifiée d'un accès gourmand au trésor public, comme certains ont taxé le projet Diamant intégrant musée et de salle de spectacles à même les tunnels inexploités sous l'avenue Honoré-Mercier, on déplore la disparition d'un bâtiment sans grande valeur patrimoniale et fort coûteux à restaurer, comme dans le cas du projet d'agrandissement du Musée national des beaux-arts du Québec sur les plaines d'Abraham. Le résultat demeure le même et favorise l'immobilisme plutôt que le progrès.
À ranger également au rayon des rendez-vous ratés pour l'image et le prestige de la capitale, il y a sans contredit le projet de Grand escalier proposé en guise de legs par l'ancien maire L'Allier pour réunir la basse et la haute ville. Celui qu'on louange pour avoir orchestré la renaissance du quartier Saint-Roch autour de son immense jardin, malgré les critiques de l'époque, se trouvait à nouveau en avant de son temps. L'oeuvre ambitieuse a été mise en veilleuse afin d'éviter une Xième controverse populaire. Ce projet avait pourtant tout le potentiel pour devenir à la fois un baume sur une plaie dans le tissu social, aussi bien qu'un attrait touristique majeur au même titre que la statue de la Liberté à New York ou que la tour Eiffel à Paris.
En attendant que la majorité rejoigne l'élite et accepte qu'il n'y a jamais assez de belles réalisations architecturales pour personnaliser une ville, Québec demeure confinée depuis des décennies à ne montrer qu'un seul profil. Celui pittoresque des acquis d'une autre époque trop rares à découper son ciel que sont le Château Frontenac, l'édifice Price et la Citadelle…
Mathieu Morel, architecte Côté Chabot Morel architectes
Commentaire mis en ligne le 25 mai 2009Merci M. Cattapan pour votre article. Des propos très rafraîchissants.