Transparence ou opacité
Dans son roman Cap-Nord (Éditions du Vermillon), Hédi Bouraoui écrit «on attrape les mouches avec du miel et les hommes avec des belles paroles». C’est à cela que j’ai pensé en entendant le pdg de l’Agence des PPP affirmer à Radio-Canada (Dimanche magazine, 19/04/09) que l’organisme qu’il dirige cultive la transparence. Ce n’est pas ce que l’on a pu constater en automne 2008 à la lecture du rapport de la firme française KPMG (Rapport de l’analyse de la valeur ajoutée, Autoroute A-30) mandatée par l’Agence pour justifier le mode PPP pour cette autoroute.
En effet cette firme de comptables y indiquait qu’elle avait utilisé les prix du ministère des Transports mais qu’elle n’avait pas le mandat «d’en vérifier l’exactitude» (Le Devoir,7/11/2008). Cette déficience n’empêchait pas ces experts d’arriver à la conclusion qu’on sauvait 750 millions de dollars par le mode PPP, une conclusion confirmée par d’autres arguments de même valeur. Il n’y manquait que la présence d’armes de destruction massive… Bien entendu les ingénieurs de l’État on contesté la valeur de cette «analyse de la valeur» mais l’Agence est demeurée sourde à cette opposition.
Il convient de rappeler que les termes «analyse de la valeur» sont issus de l’anglais «value engineering» que l’on traduisait par l’étude de la valeur dans les travaux de génie. Au Québec ce sont les ingénieurs qui réalisaient de telles études conformément à la Loi sur les ingénieurs (L.R.Q., c. 1-9). Il semble donc que le mandat de la firme de comptables KPMG, se rapportant à des travaux d’infrastructures, est un envahissement du champ de pratique du génie, que l’Ordre des ingénieurs n’a pas jugé bon de contester dans le cadre de son rôle de protection de l’intérêt public.
On constate que le gouvernement Charest tient les ingénieurs de l’État québécois à l’écart des grands projets d’infrastructures. Cette politique est conforme aux idées néolibérales favorisées par ce gouvernement, par lesquelles on vise la «débureaucratisation» et la «pénétration du marché dans l’administration publique» (Christian Bordeleau, Le Devoir 23/04/20009).
Pourtant le rôle des ingénieurs de l’État est important et essentiel pour la sauvegarde de l’intérêt collectif. À titre d’exemple de ce rôle rappelons qu’au milieu des années 1990, à la suite des dérives du Programme d’assainissement des eaux (PAEQ) dont les coûts ne cessaient de progresser anormalement, l’intervention du gouvernement, à la demande pressante des ingénieurs et autres professionnels de la fonction publique, a permis de réduire les coûts de 25 à 30 %.
Jean-Marie Desgagné, ing. Québec