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Prévoir l’après crise pour mieux rebondir

Luc Fournier par Luc Fournier
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Article mis en ligne le 8 avril 2009 à 13:20
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Prévoir l’après crise pour mieux rebondir
Bernard Landry attribue aux excès des chefs d’entreprise une partie de la responsabilité de la crise actuelle. (Photo Luc Fournier)
Prévoir l’après crise pour mieux rebondir
À l’initiative de PÔLE Québec Chaudière-Appalaches, trois experts reconnus sont venus exposer aux gens d’affaires de Québec leur vision sur la crise économique actuelle, mais surtout sur la façon dont il faut se préparer pour mieux rebondir lorsque celle-ci se résorbera. Parmi eux, Bernard Landry a su mettre en contexte les raisons pour lesquelles le globe tout entier semble tourner au ralenti.
Selon l’associé délégué chez Deloitte, Michel K. Landry, il faut éviter toute stagnation. Certains pourraient être portés à croire que d’attendre que la bourrasque passe demeure la meilleure solution. Erreur, nous dit le spécialiste en finances. «Les entreprises qui prennent les devants aujourd’hui auront l’avantage sur ceux qui ne font rien.»

Michel K. Landry suggère aussi de profiter de ce moment parfois plus tranquille pour se pencher sur la solidité et la solvabilité de leurs clients. Ainsi, l'entreprise pourra discerner les bons clients de ceux qui le sont moins. À ces derniers, il est conseillé de cesser de vendre à crédit, de peur de n’être jamais payé.

L’associé délégué chez Deloitte croit d’ailleurs qu’«il y a toujours moyen de réduire davantage. Quels sont les projets en cours qui pourraient être reportés?»

Et surtout, une période comme celle que nous vivons offre souvent des occasions en or, pour ce qui est des possibilités d’achat. «Pas de répit pour étudier les occasions», rappelle-t-il. Il faut donc agir avec rapidité, car les belles occasions ne durent jamais longtemps.
Reprendre le contrôle de ses ventes
Pour Réjean Dancause, président du groupe Dancause, un cabinet-conseil spécialisé en stratégies d’affaires, «c’est le temps de reprendre le contrôle de ses vendeurs». De la rigueur dans les ventes, c’est là une clé pour mieux passer la tempête.

M. Dancause s’explique mal comment on peut perdre du temps avec des clients qui nous apportent peu. Il s’explique aux entrepreneurs présents en soulignant que, de façon générale, 80 % de leurs ventes se font avec 20 % de leurs clients; 15 % des ventes avec 25 % des clients et 5 % avec 55 % des clients. Il importe donc de classer les clients selon trois catégories, et de mettre plus de temps sur la première catégorie, et d’éviter de perdre son temps avec les petits clients qui rapportent peu à l’entreprise tout en demandant beaucoup de temps aux vendeurs.

Réjean Dancause souligne d’ailleurs qu’on peut voir dans un ralentissement l’occasion de repenser son entreprise. «Ça permet de faire ce qu’on n’a pas eu le temps de faire au cours des dernières années, comme de former ses employés, faire un plan de marketing, revoir son plan stratégique ou préparer la diversification des marchés.»
Un contexte complexe et des raisons multiples
Bernard Landry voit dans cette crise un problème profondément éthique, où les salaires faramineux de certains chefs d’entreprises ont certainement à voir avec l’effondrement des marchés. Car comme il le dit lui-même, «c’est la finance qui nous a fait déraper vers une crise économique.»

«La réforme qui est en train de se faire – et vous avez vu les conclusions du G20 – [est] rarement industrielle, poursuit-il. Règlementation de la finance, règlementation des paradis fiscaux, règlementation des rémunérations des dirigeants, règlementation des agences - soi-disant de surveillance - qui étaient payées par ceux qu’ils surveillaient… Tout ce qui est sorti du G20, [pratiquement], était soit financier, soit éthique. C’est déjà une fort mauvaise nouvelle. Ça veut dire que le fond des choses allait plutôt bien», de s’indigner l’ex-premier ministre du Québec.

Ce dernier avance d’ailleurs qu’il y a 30 ans, le rapport entre le salaire moyen des employés d’une entreprise et celui du mieux payé était de 1 à 30. Aujourd’hui, 1 à 300. «Comment voulez-vous convaincre un ingénieur ou un comptable qui gagne 80 000 $ par année – pendant que son boss, dans l’année, a fait 24 M$ – qu’il est 400 fois plus intelligent? Qu’il a travaillé 300 fois plus? Ce n’est pas possible.» Bernard Landry rassure toutefois, indiquant que nous sommes mieux placés qu’en 1929 pour sortir de cette impasse.

Bref, les raisons qui ont mené à la crise émergent petit à petit, et on doit maintenant recoller les pots cassés, tout en se préparant pour la reprise. Une gestion plus éthique des grandes entreprises doit être faite. Manque de discipline oblige, c’est l’heure de la règlementation.

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