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À François Vincent, dit Kiowarini

Article mis en ligne le 27 mars 2009 à 9:54
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À François Vincent, dit Kiowarini
Il y a de cela près de quarante ans, j’ai eu le grand honneur de vous rencontrer fortuitement. Ce fut un moment de véritable amitié entre une petite descendante française de Guillaume Couillard et un véritable maître historien de la nation Wendake. D’ailleurs, je n’ai jamais pu vous parler sans vous nommer par votre véritable nom.

J’ai écouté avec enchantement l’histoire de votre peuple et toutes les péripéties de l’arrivée de ces colonisateurs. Aujourd’hui, tout comme vos ancêtres, vous chevauchez sans selle sur votre alezan dans les prairies sauvages, sans frontières. Vous n’avez plus à regarder derrière vous ceux, qui, soi-disant venaient vous apprendre la culture en vous offrant en échange un butin ridicule. Ils vous ont colonisé tout en vous amadouant afin de prendre possession de vos terres.

Vous êtes à nouveau, un homme libre. Vous arrêtez votre cheval pour pêcher à la perche librement dans la rivière, fièrement et sans vous soucier des interdits. Vous chassez le bison, l’orignal et le chevreuil après avoir vérifié vos collets de lièvres et d’autres petits gibiers; tel le vison ou le renard. Fourrures qui sont très appréciées de vos nouveaux envahisseurs.

J’habite juste à côté de Wendake, à la limite de votre territoire. Que de fois, j’ai traversé à pied, ce petit village enchanteur pour me rendre à Loretteville. Aujourd’hui, étant de quatre ans plus jeune, je ne peux plus le faire, cela devient trop fatigant. Ce petit détour me manque beaucoup car, j’adorais admirer les décors de vos vitrines. J’ai même habillé et perlé pendant trois ans vos petites poupées vendues aux touristes. Un jour, cela me fut retiré car ce travail devait être exécuté par des gens de Wendake. J’en fus fort désolée mais j’ai compris que c’était votre histoire et non la mienne.

Vous avez tous été, peu à peu replacés vers un terrain plus petit. Ce qu’on appelle une réserve; quel vol ce fut pour vous tous. Un peuple pacifique avide de connaissances qui ne demandait qu’à évoluer vers de plus hautes sphères. Vous avez été carrément bernés par ces gens qui se prétendaient vos amis. Vous avez beaucoup appris mais vous n’étiez plus les maîtres chez-vous.

C’est avec un immense respect que je vous adresse mes sympathies dans ces quelques lignes, pour vous, votre famille et tous vos amis. J’adorais vos douces mélodies accompagnées par le tam-tam du tambour. Elles racontaient votre merveilleuse histoire et la dure traversée vers des terres de plus en plus petites. Votre érudition a fait comprendre à beaucoup de personnes à quel point, votre nation fut exploitée sans vergogne par une poignée de main et par un désir de gloire et de pouvoir.

Je ne suis pas raciste, j’essaie de respecter les gens, tels qu’ils sont sans leur demander de changer leur façon de vivre et surtout sans leur prendre leurs biens. Je sais les écouter tout en essayant de les comprendre en toute simplicité, dans le respect de leurs valeurs et de leurs convictions.

Aujourd’hui, votre âme survole et reprend possession de ce qui fut votre bien le plus précieux. Je ne vous dis pas adieu mais au revoir car à nouveau, nous marcherons sur la même route et nous serons réunis dans une autre dimension de cet univers infini, tellement illimité par le temps et l’espace.

Vous êtes un grand personnage, je vous parle au présent car à mes yeux, vous êtes plus vivant que jamais. D’apprendre que vous avez été malade au cours de ces derniers mois me chagrine beaucoup. Mais, hélas, nous ne sommes pas vraiment maître de notre parcours de vie. Le Grand Sorcier décide lui-même lorsque notre mission parmi les hommes est terminée. La vôtre fut un parcours difficile mais, oh combien rassurant pour tous ceux qui suivront vos traces.

Je reconnaîtrai vos visites par l’arôme du cuir qui se promènera tout autour de moi. Dans ces moments-là, je saurai que nous avons compris l’un et l’autre, l’importance de savoir se respecter tel que nous sommes. Je vous souhaite un bon et beau voyage dans votre nouvelle vie. Vous le méritez car les embûches furent souvent présentes sur votre route.

Au revoir mon ami et continuez de chanter, de jouer du tam-tam pour égayer ceux et celles que vous avez retrouvé. Tout en attendant les autres qui vous rejoindront lorsque l’horloge leur indiquera que la fin est venue.

Au revoir Kiowarini.
Cécile Couillard

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