Densifier et tisser plus serré la ville
Bien plus qu'à un simple «choc culturel» sur ses moyens de transport, l'administration municipale de Québec doit convier ses citoyens à une réflexion urbanistique globale. La démonstration se fait dans toutes les sphères de la société; mieux vaut viser grand pour espérer atteindre une cible parfois modeste. La nature humaine étant telle et, pour paraphraser un collègue, «les gens étant pour le progrès, mais réfractaires au changement», il faut souvent plus que de la bonne volonté pour changer les choses.
En ce sens, l'intention du maire Labeaume d'inviter la population à délaisser la voiture pour converger vers des transports collectifs et alternatifs s'avère certes louable, mais insuffisante. Le Comité sur les transports de la Ville doit nécessairement ratisser plus large. Les phénomènes d'étalement urbain et de pénurie éventuelle de terrains deviennent incontournables. Car, l'amélioration de la mobilité peut difficilement survenir durablement, sans inclure des mesures concertées d'aménagement du territoire et d'urbanisme.
Inutile de se mettre la tête dans le sable ou de chercher des termes plus conciliants et doux aux oreilles des esprits réticents. Le mot d'ordre pour l'avenir du développement résidentiel passe par davantage de densité. Une agglomération urbaine à dimension humaine comme Québec n'a pas de raison de continuer à étaler les bungalows de l'après-guerre avec chacun leur piscine sur plus de 30 kilomètres jusqu'aux portes des Laurentides. Pour créer de la richesse collective, tout en limitant les coûts et en favorisant les économies d'échelle, la recette est connue : maximiser l'occupation du sol.
À ceux qui s'inquiètent déjà de voir pousser des gratte-ciel partout entre Beauport et Sainte-Foy, une précision rassurante s'impose. À l'exemple de Paris, qui n'a rien d'une cité désagréable à habiter malgré l'obligation d'y construire sur six à huit étages dans ses vieux quartiers centraux, il y a moyen de se donner des règles de conduite pour encourager une meilleure densification. Comme en Europe, les villes tissées plus serrées peuvent se doter de moyens de transport plus efficaces (métro, tramway, train de banlieue) ainsi que d'équipements de loisirs et de parcs vivants.
Or, pratiquer l'urbanisme performant n'est pas réserver aux métropoles. Il suffit de rentabiliser le territoire de façon à dynamiser la communauté. Des projets-pilotes comme la Cité verte et NeuroCité représentent autant d'occasions de combiner densité accrue et meilleur accès par transport collectif. Assurément, des consultations publiques, comme celles prévues ce printemps, s'imposent. Mais, avant tout, l'administration municipale doit développer une vision à long terme et prendre les décisions qui vont la matérialiser. Attendre l'unanimité consensuelle conduit trop souvent à l'immobilisme. Et, avec le temps, espoir et vitalité s'éteignent…