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«Tournée des grands-ducs» des tavernes et auberges de la basse-ville de Québec en 1955

Article mis en ligne le 28 décembre 2008 à 17:30
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«Tournée des grands-ducs» des tavernes et auberges de la basse-ville de Québec en 1955
Une taverne typique du milieu des années 1950.
«Tournée des grands-ducs» des tavernes et auberges de la basse-ville de Québec en 1955
Aujourd’hui, nous allons faire ensemble quelque chose d’inhabituel : nous allons effectuer une « tournée des grand-ducs » des derniers endroits EXCLUSIVEMENT réservés aux hommes en 1955. Nous y avons bien droit, n’est-ce pas, nous, les hommes, qui avons peut-être connu dans chacune de nos familles des « piliers de bar », ces « mâles » qui ont fréquenté ces lieux bien identifiés et condamnés, à l’époque, à la géhenne par vous savez qui. Les femmes n’avaient-elles pas elles-mêmes, à l’époque, leurs lieux exclusifs : salons de coiffure, salons de beauté, boutiques de modistes, de fourreurs et de vendeuses de sous-vêtements féminins (comme Geneviève Morel, sur la rue St-Joseph)?
À l’invitation de chacun des propriétaires ou des gérants de ces établissements publics, effectuons donc à pied cet itinéraire en partant du marché Finlay, dans le quartier Champlain, le plus vieux quartier de Québec, le quartier du port et du bassin Louise, où se tenaient autrefois les marchés publics les plus importants de la basse-ville. Il est vrai qu’en 1955, il a perdu beaucoup de son lustre. Notons cependant qu’il a été le premier quartier à recevoir des auberges, surnommés «buvettes», dont le plus célèbre est le Neptune Inn, situé au pied de la côte de la Montagne, apparu au début du 19e siècle et, bien sûr, disparu en 1955. Comme son nom le dit, il a accueilli des milliers de marins qui s’ennuyaient de leur pays et voulaient peut-être y «noyer» leur chagrin.

En 1955, l’établissement qui le remplace, c’est l’hôtel Brochu et sa taverne au rez-de-chaussée, dont la façade donne sur le marché Finlay. Sur les photographies, il apparaît être construit tout en bois et d’aspect rudimentaire; il a tout de même «dépanné» nombre de maraîchers de la région venus à Québec y vendre les produits de leur jardin, ainsi que quelques débardeurs, qui travaillaient à charge et à décharger les navires dans le port de Québec.

Sur notre chemin, au 89 de la rue du Sault-au-Matelot, arrêtons-nous à la taverne Delmonico, dont le propriétaire est un certain P. Gagné. Au 19e siècle, il s’agissait d’une rue habitée par des tonneliers. Continuons jusqu’au bout de cette rue, et empruntons, à notre gauche, la rue Saint-Paul. Une fois rendus au carré Parent, nous croisons, sur notre gauche, la taverne de l’hôtel Belley, dont le propriétaire est Jos Belley; son entrée principale se trouve au 1198, de la rue Saint-Vallier est. Cette taverne a été longtemps le lieu de rendez-vous des employés de l’«Anglo», la pulperie du vieux quartier de Limoilou, car les pères capucins, qui administraient cette paroisse, y avaient interdit formellement l’établissement de tavernes.

Un peu plus loin, au coin de la rue Saint-Paul et de la rue Henderson, sur notre droite, il y a cette taverne de l’hôtel Canada, qui reçoit toujours, comme ses voisines, la taverne de l’hôtel du Bûcheron, l’auberge du Palais et la taverne de l’hôtel Champlain, une clientèle surtout composée de bûcherons qui descendaient des chantiers de bois du nord de Québec et qui arrivaient, par train, à la gare du Palais, à chaque printemps, pour y venir dépenser leurs «gages».

Sur la rue Saint-Roch, à notre droite, au 85 de la rue, passons tout droit devant la taverne Windsor de Maurice Gagnon, et engageons-nous plutôt, sur notre gauche, sur la rue du Roi. Au croisement de la rue Dupont, il y a la taverne de l’hôtel Union, propriété de H. J. Perron, taverne qui, comme la taverne de l’hôtel Belley, sur la rue Saint-Paul, jouissait de la faveur des gens de Limoilou pour la raison que l’on sait. Presque en face de taverne Union, au 177 de la rue Dupont, il y a la taverne Viger, dont le propriétaire est un certain David Lemay. Le quartier Saint-Roch, où nous nous trouvons présentement, est, par excellence, le « quartier des tavernes » de Québec.

Tenez! Sur cette même rue Dupont, au coin du boulevard Charest, il y a la taverne du Boulevard, qui avait aussi une entrée sur la rue Saint-Joseph et la taverne de la Tour, propriété de Mme E. Bolduc, au 894, du boul. Charest. Puis sur la rue Saint-Joseph, il y a la taverne Lussier, qui avait également une entrée sur la rue Saint-François.

Ce n’est pas tout! Sur la rue de la Couronne, où nous débouchons en continuant sur la rue du Roi, nous avons , sur notre droite, deux tavernes à un coin de rue l’une de l’autre : le «Crown», la taverne de la Couronne, dont le propriétaire est Léo-L. Gingras, et la taverne Fournier, du capitaine Luc A. Fournier. Ces deux tavernes, comme celle du club des Marchands, au coin de la rue de la Couronne et du boulevard Charest, juste à côté du Syndicat de Québec, sont très populaires auprès des hommes qui attendent que leur femme ait fini de faire leurs emplettes dans les grands magasins de la rue Saint-Joseph…On ne refait pas le monde : les hommes, à l’époque, comme de nos jours, n’aimaient pas magasiner…

N’oublions pas, au carré Jacques-Cartier, la taverne de l’hôtel Saint-Roch, dont le propriétaire était le lieutenant-colonel Oscar Gilbert, propriétaire également du journal Le Soleil de Québec. En remontant la rue de la Couronne, au 485 de la rue Sainte-Hélène, il y a la taverne du Chat Blanc, lieu de discussions très animées des journalistes, justement, du journal Le Soleil, situé presque juste en face.

Empruntons à notre droite, en direction ouest, la rue des Prairies. Nous voilà rendus sur la rue Dorchester. Au 32 de cette rue, nous avons la taverne Royale d’Eugène Pouliot, fréquentée alors par les ouvriers du cuir et des chaussures de ce secteur de la ville. Ce monsieur Pouliot avait la particularité d’offrir un repas gratuit aux buveurs dans son établissement qu’il jugeait trop «éméchés» pour continuer à boire… Quel bel esprit civique avant l’heure ! Descendons cette rue vers le nord. Sur notre droite, au coin des rues Saint-François et Dorchester, nous avons la taverne Cloutier et la taverne Mercier, dont le propriétaire est «Pat» Mercier, un policier de la ville de Québec…

Reprenons la rue Saint-Joseph, en direction ouest. Au croisement de cette rue et du boulevard Langelier, il y a, sur notre droite, la taverne de l’hôtel El Dorado, propriété de Joseph Genest, la taverne favorite des étudiants de l’École technique tout proche. Plus loin, au 82 de la rue Saint-Vallier, au coin de la rue Saint-Joseph, il y la taverne peut-être la plus fréquentée de la basse-ville de Québec, la taverne Dion. Les propriétaires sont alors Georges et son frère Jean-Paul Dion, qui demeurent dans la maison juste à côté. Des objets anciens décorent cet établissement : au-dessus du bar, la maquette à l’échelle d’un magnifique transatlantique, de vieux patins, de vieilles photographies de la ville de Québec…Cette taverne, comme presque toutes les autres tavernes de Québec, a une façade sur deux rues, ce qui assure la discrétion idéale pour ses clients, qui n’aiment pas être vus, par leur femme ou par quiconque, avec «un petit coup dans le nez»…

C’est le cas aussi d’une autre taverne située tout près de là, la taverne de l’hôtel Commerciale, au 1 de la rue Saint-Vallier ouest, hôtel propriété de J.-G. Rivard. Cette rue Saint-Vallier ouest est vraiment bien pourvue en tavernes ! Si nous nous dirigeons vers l’ouest sur cette rue, nous rencontrons, au numéro civique 56 , la taverne Bienvenue, au 111 , la taverne des Sports. Puis, au 299 de la rue, au coin de la rue Renaud, la taverne Jos Clark - qui ne portait pas le nom de l’ancien premier ministre du Canada! -, propriété de L. Langlois. Enfin, au 672 de la rue, tout près du coin de la rue Marie-de-l’Incarnation, la taverne Doc Hal, dont je ne retiens que la cuisine y est aussi très bonne…

Maintenant, vous ne trouvez pas qu’il est temps de rentrer chez nous, en taxi, bien sûr! Je n’oublierai jamais de sitôt cette fameuse «tournée des grands ducs», car, après cette tournée, j’ai été malade : j’ai eu un «mal de bloc» - mal à la tête- terrible durant deux jours à cause de la boisson que j’ai ingurgitée à chaque établissement, politesse oblige… Mais cela vous a permis au moins de découvrir des lieux que, peut-être, vous, comme moi, n’avez pas l’habitude de fréquenter…

* (Source : Société historique de Québec, avec la collaboration spéciale de Raymond Laberge, historien)

Références :

Annuaire de Québec métropolitain 1955, Annuaires Marcotte Ltée, 67e édition, 130, rue Saint-Jean, Québec. Pour la basse ville et la haute ville de Québec, j’ai compté 42 noms de tavernes inscrits dans cet annuaire. Je n’ai mentionné ici que les noms de tavernes que j’ai croisées sur mon chemin…

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