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Les «pinottes»

Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée

Article mis en ligne le 2 mars 2009 à 7:05
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Les «pinottes»
Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée
Il y a plusieurs façons de justifier les abus de fonds publics. Les pires sont la mission, les normes ou le peu d’importance relative de la dépense, «des pinottes», par rapport au budget du ministère ou de l’organisme concerné.
Cette semaine, un reportage du Journal de Québec dénonçait les dépenses des dirigeants de nos cégeps alors qu’ils se plaignent du sous-financement de leurs institutions. Voyages d’études en Espagne, de perfectionnement en Thaïlande, mission en Chine, en Belgique, au Maroc et en Algérie, symposium au Vietnam et forfait de formation en France étaient au programme de plusieurs cadres supérieurs de différents établissements en 2008.

Plutôt que de questionner ces dépenses, la Fédération des cégeps les a cautionnées. Elle estime que «les cadres supérieurs n’ont souvent pas le choix de voyager à l’étranger puisque l’internationalisation fait partie de leur mission.»

À ces voyages, il faut ajouter des tournois de golf (sûrement utiles pour améliorer la qualité de l’enseignement collégial), des dépenses pour décorer une salle et fêter avec les membres du C.A., ainsi que des charges pour de petits déplacements comme aller acheter de l’alcool à la SAQ. «Pas de scandales là-dedans», disent les administrateurs concernés, tout cela est «normé» et fait partie des politiques de gestion.

Toujours cette semaine, voilà que des entreprises sont invitées à obtenir un certificat «Employeur remarquable» décerné par le Bureau de normalisation du Québec. Cela permettra à son détenteur de se distinguer auprès de ceux qui se cherchent un emploi! Une telle démarche n’est pas gratuite (environ 7 000 $ pour une entreprise de 50 employés) et l’entreprise devra répéter l’opération d’accréditation tous les deux ans. Mais, rassurez-vous bonne gens, Emploi Québec remboursera aux «employeurs remarquables» la moitié de la dépense avec nos impôts! Ainsi, nos impôts financeront un programme servant à «accréditer» des entreprises comme de bons employeurs plutôt que d’investir davantage de dollars pour aider des chômeurs à se trouver un emploi! Il s’agit là d’une dilapidation de fonds publics qu’on tentera probablement de justifier par le fait qu’il s’agit d’une bien petite dépense par rapport au budget du ministère ou, encore mieux, du budget total du gouvernement.»

Un ami a justifié le défaut de son paiement hypothécaire par le fait qu’il ne s’agissait que d’une «pinotte» sur l’ensemble de tous les paiements dus à sa banque. Sa maison sera saisie dans deux mois à moins qu’il ne s’acquitte de sa dette. Nos politiciens et ceux qui gèrent l’argent de nos impôts devraient s’inspirer du gérant de cette banque et cesser de dilapider nos biens dans des dépenses futiles. À force d’économiser des «pinottes», on pourrait nourrir beaucoup d’écureuils… ou réduire nos impôts.

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