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Notre patrimoine naturel en perdition: minuit moins une

Article mis en ligne le 27 février 2009 à 12:32
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Notre patrimoine naturel en perdition: minuit moins une
Les élus de la Ville de Québec s’apprêtent à voter le 2 mars prochain un projet de règlement qui ouvre la porte à la destruction d’une grande partie d’un boisé remarquable appelé Boisé Neilson. Ce boisé, situé à Pointe-Sainte-Foy, fut répertorié comme un milieu naturel d’intérêt par la ville de Québec en 2005. L es auteurs de ce répertoire qualifient ce boisé comme possédant deux peuplements forestiers présentant des attributs esthétiques indéniables qui contribuent à la diversité et à la richesse du site. En fait, il représente un vestige de la forêt naturelle qui occupait jadis toute cette portion du territoire, avec des massifs rares comme une pessière rouge et une prucheraie. Depuis la parution de ce répertoire, des chercheurs ont de plus découvert qu’il abritait une population précaire et isolée d’une espèce faunique rare susceptible d’être menacée et qui vit en milieu humide.

Ce projet de règlement appelé RVQ1422, s’il est accepté, augmentera la densité minimale de logements de 4 à 30 logements à l’hectare ce qui permettra la mise en œuvre de projet de construction de tours allant jusqu’à 8 étages sur 60% de la superficie du boisé pour un total de plus de 1000 logements. Ce projet, dévoilé par la ville lors de la consultation publique tenue à l’automne 2008, morcellera le boisé et détruira une grande partie des peuplements jugés remarquables par les auteurs du répertoire. C’est sans compter sur le fait que plusieurs experts interrogés, dont des ingénieurs forestiers, s’inquiètent de la survie à long terme du 40% laissé en place. En effet, la fragmentation importante du boisé, la construction d’habitations et de tours risquent d’affecter le niveau de la nappe phréatique dont est tributaire la survie de cette forêt virginale et l’espèce faunique rare qu’elle abrite. De plus, la fragmentation du boisé créera d’importants effets de lisière et exposera des arbres fragiles et sensibles à l’action des grands vents typiques de la Pointe Sainte-Foy, mettant ainsi en péril leur pérennité. La survie à long terme de l’espèce rare peut, elle aussi, être remise en question puisqu’un document du Ministère des Ressources naturelles et de la Faune recommande de protéger une zone minimale qui apparaît être au moins deux fois plus grande que celle proposée par la ville.

Ces points d’inquiétudes furent soulevés par des citoyens lors de la consultation publique d’octobre 2008 et furent repris par le Conseil de quartier de Pointe-Sainte-Foy.

Or, la Ville veut passer outre à ces objections et, en s’appuyant sur des études qu’elle n’a pas voulu nous faire suivre, mais qui, d’après les renseignements que nous avons obtenus, seraient des études préliminaires pouvant avoir été faites par des professionnels n’ayant pas nécessairement toutes les compétences voulues, veut aller de l’avant avec ce projet destructeur sans appliquer le principe de précaution en exigeant des études complètes ou de contre-expertise. Ce principe de précaution est partie intégrante des grandes orientations du Plan directeur d’aménagement et de développement de 2005 au niveau du développement durable et des valeurs environnementales qui y sont défendues.

Une action précipitée et irréfléchie de nos élus risque de nous faire perdre une forêt virginale, un des derniers vestiges de la forêt naturelle qui recouvrait une partie de notre ville avec des massifs forestiers uniques. Il ne s’agit pas ici d’une forêt de peupliers, mais une forêt composée d’arbres nobles comme des chênes, des hêtres, des érables à sucre, des pins blancs. Elle comporte aussi un peuplement de pruches jugé exceptionnel de par sa beauté esthétique et sa rareté, selon les études externes commandées par la Ville elle-même. Or, selon Jacques Grantham, directeur du Service de la foresterie urbaine de la Ville de Québec dans un article récent paru dans le Soleil, ce sont plutôt les jeunes forêts de peupliers qui peuvent être sacrifiés pour faire l’objet de développement, et non de tels boisés exceptionnels.

Avec un tant soit peu de volonté politique, la Ville de Québec pourrait protéger ce milieu exceptionnel à peu de frais puisqu’elle en possède déjà 40% et que le Ministère de l’Environnement vient de reconduire un programme de préservation du patrimoine naturel en milieu urbanisé qui paierait au moins 50% des acquisitions.

La Ville ne manque pas de terrains vagues mal développés ou de terrains déjà asphaltés ou bétonnés pour construire des immeubles comme les immenses stationnements des centres d’achat qui pourraient devenir souterrains, et ce, à des endroits où la circulation automobile ne constitue pas un problème aussi criant que dans Pointe-Sainte-Foy, une enclave ceinturée par les autoroutes et les falaises.

C’est sans compter que le projet de règlement RVQ1422 affecte aussi d’autres lieux naturels exceptionnels comme une érablière centenaire à Charlesbourg hébergeant un muret de pierres qui pourrait remonter, selon Yves Chrétien, archéologue à la Commission de la Capitale Nationale, à la période de l’intendant Bigot.

Nous demandons donc que les élus de la Ville de Québec scindent le projet de règlement RVQ1422 en retirant les milieux naturels d’intérêt pour en assurer leur protection. Ces milieux naturels font partie intégrante du patrimoine des citoyens de Québec, jouent un rôle important dans la lutte contre les changements climatiques et la survie d’espèces en péril et assurent une qualité de vie exceptionnelle aux habitants de la Ville de Québec. De par leur richesse, ils pourront faire partie intégrante d’un circuit touristique pour la découverte de l’histoire faunique, floristique et culturelle de la Ville de Québec.
Dre Johanne Elsener DMV MSc, présidente du Comité des arbres de Sainte-Foy–Sillery
Co-signataire : Comité des arbres de Charlesbourg

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