Le blues du businessman
Chronique urbaine de Jean-Claude Labbée
Comme l’homme d’affaires Zéro Janvier, personnage de l’opéra-rock Starmania de Luc Plamondon, Régis Labeaume aurait probablement voulu être un artiste.
C’est du moins ce qui se dégage de l’intérêt marqué que notre maire porte à la culture et aux arts en général. Ainsi, au cours de la dernière année, la ville a dépensé plus de 600 000 $ pour prolonger de quelques jours le Moulin à images de Robert Lepage. Elle a aussi investi 8 M$ dans un fonds d’évènements et 300 000 $ dans le programme Première Ovation destiné à la relève artistique. Tout cela, sans compter ce que la ville dépensait déjà dans le domaine culturel.
Or, voilà qu'à la suite d'une journée dédiée à la culture, réunissant quelque 750 personnes provenant des milieux culturels et politiques ainsi que du monde des affaires, nous apprenions, de la bouche du maire, que la ville dépensera 1 M$ pour contribuer à la réalisation, par Télé-Québec, de la future série télévisée Chabotte et filles, qui sera tournée à Québec. Prévenant les coups, le maire Labeaume déclarait à ce sujet : «Je sais que ça ne fera pas l’unanimité, mais je pense que ce sera un déclencheur pour la production télévisuelle et cinématographique dans la région». De plus, le maire a annoncé l’embauche éventuelle d’un Commissaire au développement du cinéma et de la télévision à Québec, personne qui relèvera directement de lui. Alain Loubier, chef du Renouveau municipal de Québec et candidat à la mairie, s’étonnait avec raison de la décision d’investir 1 M$ dans une télésérie soutenant que, selon lui, «il y a de quoi de plus pressant que de financer des émissions de télé». Il aurait pu ajouter qu’il y a un certain non-sens d’investir des fonds provenant de nos taxes dans une production de Télé-Québec, elle-même financée par nos impôts, dont un des mandats est de refléter l’ensemble des régions du Québec dans sa programmation.
Toujours au terme de cette journée de la Culture, organisée par la ville et le gouvernement au coût de 190 000 $ (incluant quelque 20 000 $ pour un cocktail), plus de 50 M$ dollars de dépenses (16,6 M$ proviendront de la ville) ont été annoncées pour le secteur culturel. Compte-tenu du succès d’une telle journée, on pourrait suggérer à notre maire d’organiser rapidement une journée des rues à paver, une journée des aqueducs et des égouts à réparer, une journée du déneigement à améliorer, une journée des taxes à baisser etc. De telles journées réuniraient chacune 750 citoyens payeurs de taxes qui pourraient enfin espérer être entendus. Elles seraient évidemment moins prestigieuses et élitistes qu’un sommet sur la culture, mais elles pourraient coûter moins cher que 190 000 $. Nous pourrions même apporter notre collation pour constater que le businessman s’occupe aussi de nous.