Bon, mais sans plus
Pendant que les grands penseurs montréalais s'offusquent des intentions de la Commission des champs de bataille nationaux (CCBN) de commémorer à l'occasion d'une grande reconstitution la bataille de 1759 sur les plaines d'Abraham, le film Polytechnique roule à plein régime sur les écrans de la province.
Au même titre que le projet de la CCBN, l'œuvre du réalisateur Denis Villeneuve se veut pourtant ni plus ni moins qu'une reconstitution d'une page noire de l'histoire du Québec, journée au cours de laquelle 14 femmes ont trouvé la mort à la suite de l'introduction d'un homme armé à l'intérieur de l'établissement d'enseignement montréalais. Deux poids, deux mesures? Force est d'admettre que oui!
D'ailleurs, parlons-en de ce fameux Polytechnique. En raison du propos et de sa proximité, il est pour plusieurs difficile de poser un regard neutre sur le résultat final. Pour plusieurs, mais pas pour tous.
Bien que criant de vérité, le très attendu «premier gros film québécois de 2009» déçoit à plusieurs niveaux, notamment par sa longueur. Car il faut l'avouer, un long-métrage d'à peine un peu plus d'une heure quinze est difficilement acceptable compte tenu du prix élevé des billets de cinéma en 2009.
Mais parlons contenu plutôt que contenant. Côté réalisation, la déconstruction du récit s'apparente étrangement à celle de Gus Van Sant pour son film Elephant, paru en 2003, lequel traitait, curieux hasard, d'une tuerie dans un high school américain.
Si le traitement en noir et blanc ajoute à la tension et contribue de belle façon à nourrir malaise et incompréhension, les images de style «nature morte» donnent à mon humble avis dans la facilité. Une rôtie abandonnée, des coquilles d'œufs, un comptoir enseveli sous la vaisselle sale… tant de petits clins d'oeil qui favorisent le caractère artistique de l'œuvre, sans toutefois ajouter à la douleur déjà largement représentée. Comme on dit : l'œuvre parle d'elle-même.
Au même titre, le côté dialogue est grandement sous-exploité. En découlent des personnages qui n'ont rien d'attachant, portés par des acteurs dont les performances, exception faite de Maxime Gaudet dans le rôle du tueur, donnent l'impression d'une soif inassouvie aux cinéphiles en quête d'un minimum de profondeur.
Bref, le Villeneuve nouveau n'a rien du chef d'œuvre attendu. Au même titre que d'autres productions du genre, Polytechnique, propulsé par un battage publicitaire mirobolant, devrait récolter son lot de billets verts avant de sombrer dans l'oubli… contrairement aux victimes qui elles, demeureront à jamais regrettées.