Mépris et provocation que de commémorer la bataille des plaines
Bombardée sur tous les flancs, la Commission des champs de bataille nationaux (CCNB) a bien raison de revoir ses plans quant à la commémoration de la conquête britannique sur les plaines d'Abraham. Même que devant la levée de boucliers que cela a suscitée dans une vaste portion de la population québécoise, l'organisme fédéral devrait songer à mettre carrément son projet sur la glace. Québec a beau sortir d'une année festive qui lui a donné le goût d'accueillir la visite, il y a des limites à ressasser le passé et à rouvrir de vieilles plaies pour le plaisir de célébrer. À moins que l'intention inavouée soit de relancer le débat référendaire au Québec, ce qui serait plutôt surprenant.
Pour la CCNB, il importe de rectifier le tir et vite. La grogne monte et certains esprits souverainistes d'échauffent. Il serait dommage que des gestes disgracieux viennent ternir l'image de la capitale, alors qu'on vient tout juste de la redorer à grand renfort de budgets dédiés aux célébrations du 400e anniversaire de fondation. Le pire serait de donner raison à Falardeau et sa bande d'excités de venir foutre le bordel à Québec, au risque même de reconstituer une version 2009 de la bataille des plaines. Car, n'en déplaise à ceux dont la mémoire historique se résume à leur propre vécu, la bataille qui a mis un terme à la guerre de Sept Ans en 1759 et le changement de régime qui s'en est suivi ont été vécus par plusieurs comme un véritable drame dont les impacts se répercutent jusqu'à aujourd'hui sur les descendants des conquis.
En ce sens, commémorer, célébrer, fêter ou même simplement rappeler ces durs événements, sans les replacer dans le contexte politique de l'époque, peut aisément être perçu comme de l'indélicatesse. À ceux qui plaident pour l'aspect instructif de telles reconstitutions guerrières, il faut noter que le passage du Régime français au Régime britannique ne peut se résumer à une bataille fatale qui ne dura que 20 minutes. Si on veut faire œuvre utile en recourant aux jeux de rôles pour remonter dans le temps, il faut raconter toute l'Histoire. Notamment, que le sort final aurait pu varier, si le roi de France n'avait pas abandonné l'Amérique pour sauver son honneur en Europe. Ou encore, que les soldats britanniques ont brûlé et pillé tout ce qu'ils ont croisé sur leur chemin vers Québec et que, devenus experts en déportation depuis l'Acadie, ils avaient songé récidiver ici.
Comme le déplore un internaute, ce que s'apprête à faire la CCNB est comparable à ce que font les Orangistes protestants irlandais chaque 12 juillet en allant parader dans les quartiers catholiques de Belfast pour commémorer la victoire de Guillaume d'Orange lors de la bataille de la Boyne en 1690. C'est du mépris et de la provocation…