Le temps des bouffons
Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée
Deux évènements m’ont frappé cette semaine par l’irresponsabilité des porte-parole, pourtant fort différents, qui les ont commentés.
Pierre Falardeau, dont l’un des films sert de titre à ce commentaire, s’insurgeait, en entrevue à la Presse canadienne, contre le projet de la Commission des champs de bataille nationaux de présenter une reconstitution de la bataille des plaines qui a eu lieu en… 1759! Impossible de passer sous silence le langage totalement abusif de ce malotru se croyant tout permis. «Tu vas voir qu’il y en a qui vont se faire brasser le cul. Les touristes à Québec, j’en ai rien à crisser», déclarait-il tout en qualifiant le maire Labeaume «d’insignifiant» qui «tripe aussitôt qu’il y a un party.» Quelques jours plus tard, il en rajoutait : «après la bataille des Plaines, ils vont-tu organiser des golden pisses avec les filles du Wolfpack?». Ce «brillant» intellectuel souverainiste, pour qui la défaite de Montcalm est «l’acte de fondation de notre malheur», nous promet également de nous «pitcher d’la marde, du fumier, de la roche».
Contester est un droit inaliénable relevant de la liberté d’opinion. Qu’on le fasse en insultant le maire de notre ville et dans un langage aussi ordurier ne sied toutefois pas à quelqu’un considéré comme un porte-parole de la souveraineté du Québec. Il est donc très étonnant qu'Agnès Maltais, députée péquiste de Taschereau, n’ait pas condamné les propos de ce «petit monsieur». Elle a pourtant accusé Josée Verner «de parler à travers son chapeau et de ne chercher qu’à provoquer» pour avoir simplement dit qu’elle assisterait possiblement à cette reconstitution. Imaginons maintenant ce que Mmes Maltais et Marois diraient si quelqu’un tenait des propos aussi grossiers sur la commémoration des patriotes de 1837.
Par ailleurs, le député du Parti libéral du Canada, Denis Coderre, m’a fait penser à Elvis Gratton (personnage bouffon créé par Pierre Falardeau) alors qu’il commentait le fait que Michaël Ignatieff ait toléré que six députés de Terre-Neuve défient la ligne du parti en votant contre le budget Harper, parce que leur province perdra 1 G$ par année en péréquation. Même si le Québec en perdra autant, M. Ignatieff n’a pas permis une telle dissidence aux députés libéraux du Québec parce que, a-t-il dit «la province de Québec a été informée le 2 novembre d’un changement global dans le système de péréquation pour toutes les provinces». Denis «Elvis» Coderre a niaisement ajouté que «contrairement au premier ministre de Terre-Neuve, Jean Charest n’a pas demandé aux députés libéraux fédéraux du Québec de voter contre le budget.» Nos élus libéraux fédéraux sont-ils si déconnectés qu’ils n’ont pas entendu M. Charest dénoncer cette perte de péréquation ou MM. Ignatieff et Coderre prennent-ils les Québécois pour des imbéciles?