Selon l’économiste Guy Mineault, le secteur de la construction devrait connaître un certain ralentissement en 2009, mais la situation n’a rien de dramatique.
Économie et construction : au ralenti, mais pas de panique!
À la demande l’APCHQ, l’économiste Guy Mineault animait l’atelier «Économie et construction» en fin d'année dernière. Le Journal de l’Habitation s’est entretenu avec lui pour qu’il brosse le portrait de la situation. Si l'expert évoque un certain ralentissement, il refuse de s'alarmer.
«Au cours des derniers mois, le secteur immobilier américain a connu une forte récession et les effets se font encore cruellement sentir. Il est important de comprendre que cette crise est imputable à l’avidité, la cupidité et la convoitise des institutions financières américaines, de même que ceux qui ont créé des fonds dits «edge» afin de s’enrichir rapidement. Pendant ce temps, les familles américaines ont vu le prix de leur maison diminuer de 22 %, un pourcentage qui est encore plus élevé dans un état comme la Floride.»
M. Mineault ajoute que même si ce genre de situation ne peut se produire au Canada et au Québec, le secteur de la construction devrait essuyer un certain ralentissement. «La situation des hypothèques à risque et des subprimes ne pourrait pas se produire au Canada parce que nos institutions financières sont très saines et possèdent suffisamment de fonds. Cependant, cette crise a engendré une certaine prudence chez les consommateurs d’ici, qui pourrait les inciter à mettre de l’argent de côté afin de faire face à des moments difficiles.
Pour acheter une maison, la règle économique est fort simple; aux États-Unis, il faut gagner 100 000 $ par an pour acheter une maison dont l’hypothèque est de 400 000 $. C’est donc un multiple de 4. Au Canada, ce ratio est de 4,3 et, au Québec, de 3,6. Il n’y a donc pas péril en la demeure. Mais il reste que la prudence des ménages en matière de consommation peut contribuer à la récession.»
Crise multiple
Guy Mineault rappelle également que la crise que l’Amérique du Nord vit présentement n’est pas qu’immobilière. «Elle est immobilière aux États-Unis, mais pas au Canada. En revanche, nous vivons une crise de taux de change et une crise alimentaire, pour ne nommer que celles-là, sans oublier les pertes d’emploi dans certains secteurs. Il n’est pas étonnant de constater que les gouvernements investissent massivement dans le renouvellement des infrastructures. C'est une façon de soutenir l'économie.»
«Pour ce qui est de la récession, précise l'économiste, il faut s'attendre à en traverser une à tous les dix ans. En 1980, ça a été les obligations de pacotille et, dans les années 1990, les bulles technologiques. En 2000, on est entré dans une ère de cupidité avec les hypothèques à risque et papiers commerciaux, sans oublier les mensonges sur les taux d’intérêt. Habituellement, ces périodes de récession durent un an, mais en raison des conjonctures actuelles, on peut penser que nous en avons pour un an et quart, un an et demi. Ensuite, les gens retrouveront confiance et l’économie reprendra son souffle.» Comme chaque fois…