Le défi des chefs fédéraux
Chronique urbaine de Jean-Claude L'Abbée
Stephan Harper et Michaël Ignatieff ont, chacun de leur côté, d’importants défis à relever au Québec avant de se représenter devant les électeurs.
Stephen Harper, pour sa part, devra nous convaincre qu’il n’a pas d’agenda caché et, aussi, nous démontrer qu’il ne manque pas de jugement malgré le cauchemar constitutionnel déclenché par son exposé économique. L’abolition du financement des partis politiques et la suspension du droit de grève dans la fonction publique fédérale sont deux éléments de cet exposé qui avaient été cachés durant la campagne électorale. Le seul fait que le chef conservateur ait écouté ceux qui lui conseillaient ces politiques ou, pire encore, qu’il ait pu les concevoir lui-même démontre non seulement un manque flagrant de flair politique, mais aussi un important manque de jugement. M. Harper a maintenant la tâche de nous convaincre que nous avons tort de le craindre et que, sous un gouvernement conservateur majoritaire, les Québécois ne seraient pas victimes de nouvelles politiques cachées allant à l’encontre de la société à tendance sociale-démocrate qu’ils ont bâtie et qu’ils désirent majoritairement conserver.
Pendant que M. Harper s’attaquera à cette tâche ardue, le nouveau chef du Parti libéral du Canada, Michaël Ignatieff, devra, pour sa part, nous convaincre qu’il n’est pas une mauvaise copie de Pierre Elliott Trudeau. Pour ce faire, il devra clairement faire la preuve qu’il n’a pas l’intention de sacrifier la nation québécoise, notion qu’il a reconnue, à une vision utopiste de «melting pot» canadien. M. Ignatieff devra aussi nous prouver, par son programme et ses engagements, que le PLC est finalement prêt à cesser de centraliser les pouvoirs à Ottawa et qu’il tiendra enfin compte des aspirations légitimes des provinces, dont celles du Québec. M. Ignatieff devra également faire oublier aux Québécois le scandale des commandites et démontrer que son parti est digne de confiance et que, plus jamais nous n’assisterons à pareil détournement de fonds à des fins partisanes.
Finalement, les deux chefs auront, au cours des prochains mois, deux tâches communes. D’abord celle de se donner, au Québec, une structure organisationnelle bien implantée dans toutes les régions. Pour les Conservateurs, cela veut dire s’éloigner des Adéquistes qui ont envahi leur rang au cours des dernières années et se doter d’une structure conservatrice québécoise solide qui rapatriera les éléments progressistes qui ont fuit ce parti après la fusion avec les Réformistes. En ce qui a trait aux Libéraux fédéraux, ils devront mettre un terme aux chicanes de clans qui les minent depuis l’époque Chrétien-Martin et retrouver leur pragmatisme légendaire faisant que la prise du pouvoir prime sur les idéologies. Les deux chefs devront également convaincre de l’inutilité du Bloc québécois qui, à tort ou à raison, est devenu pour plusieurs, un rempart contre une certaine francophobie canadienne menaçant les intérêts légitimes du Québec.