Cachez ce saint…
Il y a quelques jours, le journal Le Soleil nous informait qu’une conférence de la Société Saint-Vincent-de-Paul, à Québec, estimait, après discussion avec un responsable de l’école, qu’elle se devait d’utiliser une autre appellation pour son activité de collecte de denrées dans l’école, afin de prévenir des plaintes éventuelles. La Société s’est donc donné un nouveau nom pour cette activité, soit Comptoir d’entraide, pour éviter d’employer le mot « saint ».
C’est vraiment dommage qu’il faille oublier notre passé collectif par crainte de, peut-être, déplaire ! Il me paraît difficile de sensibiliser les jeunes à la lutte contre la pauvreté et à son corollaire inéluctable, l’exclusion sociale, si, pour ce faire, au moins dans le cas présent, on doit évacuer toute référence à un organisme qui a fait de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale sa mission fondamentale depuis plus de 175 ans.
C’est en pleine crise sociale, en 1833, que Frédéric Ozanam et quelques étudiants ont créé la Saint-Vincent-de-Paul pour soulager, avec les moyens du bord, les pauvres qui étaient, pour utiliser le langage d’aujourd’hui, les dommages collatéraux de l’industrialisation et du capitalisme sauvage en France.
La lutte contre l’exclusion sociale est le leitmotiv de l’action de la Société Saint-Vincent-de-Paul dans les villes du Québec, et même du Canada, depuis 162 ans.
Ce n’est pas, à mon avis, en évacuant le passé que l’on inculquera aux jeunes le souci des moins favorisés de la société et que l’on renforcera, chez les moins jeunes, le sentiment qu’il est important d’être à l’écoute , comme l’ont été nos parents, des gens qui traversent une période difficile. Devrions-nous également bannir, comme le mentionne un lecteur d’un quotidien de la région, les mots ou les activités qui font référence explicitement à des valeurs religieuses, par exemple les « concerts de Noël », dans les églises et dans les écoles, le « Noël des enfants », dans les rues de Québec et de Lévis et l’Arbre de Noël et, pourquoi pas, la Croix rouge et le Croissant rouge, l’Armée du Salut et, chez nos collègues anglophones, les « Christmas hampers » et les « Hadassah » ?
Pourquoi devrions nous avoir honte des traditions qui nous ont formés et des moyens que nous nous sommes donnés, au cours des décennies, pour témoigner de notre solidarité ? Ces moyens fonctionnent toujours et, s’ils disparaissaient, il faudrait les réinventer. Soulignons que, dans le seul secteur ouest de l’agglomération de Québec, la Saint-Vincent-de-Paul aide annuellement près de 2 000 ménages, comptant 2 700 adultes et 1 400 enfants.
Pourquoi devrions-nous craindre de faire référence à saint Vincent de Paul et à sainte Louise de Marillac, et au pasteur William Booth ? Ce sont des personnes qui, par leur action et leur exemple, peuvent servir de modèles à toute la société, laïque ou non. Désigner leurs œuvres respectives de façon neutre ne ferait que les désincarner.
Au lieu de s’objecter au nom qui, pour certains, est trop « religieux », ne serait-il pas plus utile, pour la collectivité, de souligner les bons coups des bénévoles de ces organisations et d’inciter les gens à s’y joindre, pour qu’elles puissent continuer à être à l’écoute des personnes dans le besoin et à soulager, quelque peu, les ménages démunis ? Faisons en sorte que la Saint-Vincent-de-Paul puisse continuer à exercer sa mission, tout en conservant son identité !
J C Grant Regalbuto
Président Conseil particulier de Sainte-Foy, et
vice-président Conseil central de Québec
Société Saint-Vincent-de-Paul
Richard Garneau
Commentaire mis en ligne le 14 décembre 2008Entièrement d'accord.Après-tout,ce sont EUX les immigrants qui doivent s'adapter à leur pays d'adoption,et non l'inverse...La farce a assez duré...