L’Ordure vieillit bien
La fête de Noël, c’est bien connu, devrait être synonyme de réjouissances. Mais force est de constater qu’il ne faut jamais rien tenir pour acquis… surtout lorsqu’il est question de la pièce Le père Noël est une ordure.
Chez Détresse Amitié, la soirée du 24 décembre est explosive… c’est le moins que l’on puisse dire. La maladresse de Pierre, le pathétisme de Thérèse et la sottise de Josette ne sont d’ailleurs que quelques-unes des étincelles de cette fresque aux multiples saveurs, qui donne l’impression de plonger la bouche béante dans un immense bol de «jelly beans» d’émotions.
À grands coups de rebondissements et de quiproquos, le chef-d’œuvre du répertoire français épate… encore et encore. Une réalité qui n’est pas étrangère au travail du metteur en scène Stéphan Allard, dont on reconnait le doigté, qui a su transmettre une énergie nouvelle à une distribution qu’il l’est tout autant.
Car oui, le groupe d’acteur est différent dans la version 2008. Marie-Hélène Lalande, Sophie Martin, Jack Robitaille et Réjean Vallée se greffent ainsi à deux «vieux de la vieille» issus de la première mouture, soit Emmanuel Bédard et Nicolas Létourneau, pour donner à ce classique du temps des fêtes du Théâtre Voix d’Accès un goût plus acide que jamais.
Est-ce une question de tempérament? Pas du tout. C’est simplement que Le père Noël est une ordure vieillit bien. Acclamée soir après soir pour une quatrième année, la pièce a tous les ingrédients nécessaires au succès.
En plus de déstabiliser le spectateur, le texte des auteurs Josiane Balasko, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier, Gérard Jugnot, Tierry Lhermitte et Bruno Moynot a ce je-ne-sais-quoi d’incisif qui comble à la perfection le petit côté voyeur qui se cache à l’intérieur de chacun de nous. C’est ainsi que l’on prend plaisir à rigoler du désespoir des autres, laissant au placard toute forme de moralité. Comme si du coup, on en avait que faire de la bienséance et de la compassion enseignées par nos mères.
Un sentiment de je-m’en-foutisme qui est à la source des nombreux rictus remarqués dans la salle, notamment lors de l’entrée en scène du pas si gros bonhomme à la barbe tantôt blanche, tantôt mal rasée, qui ferait perdre toutes les illusions aux enfants qui croient toujours à l’existence du père Noël. Bien qu’il n’ait strictement rien de sympathique, on se surprend à apprécier l’Ordure, pour ses frasques autant que pour ses «cadeaux».
Bref, cette version 100 % Québec passe une fois de plus le test. Et s’il faut en croire la réaction du public au terme de la représentation, les interprètes ont tout intérêt à réserver leur temps des fêtes 2009…