Sait-on que le mot Noël n'est pas latino-chrétien mais bien arabo-musulman
(Lettre aux «effaceurs de traces» et personnes effrayées par les «Saint-ceci ou cela, autres Croix-Rouge sinon Croissant-Rouge»). Faut-il parler de débat, de nivellement des différences, d’aplat-ventrisme, de censure ou, moins menaçant, d’inoffensive et amusante joute intellectuelle? Les mots semblent de plus en plus faire peur. Nos parcours à ne pas trop afficher. Nos différences ou nuances invitées à s’estomper et sans doute à disparaître. Crèches anti constitutionnelles (aux USA). Mot Noël à reléguer à l’église (vous voyez que j’ai évité ce mot « temple » que dans nos journaux on emploie trop souvent et indifféremment pour église, mosquée, pagode, synagogue, etc.).
Dans un quotidien de Québec, disparition de Saint-Vincent de Paul comme appellation d’une société vouée à la générosité et au partage. Bientôt, écrit un lecteur certainement à la blague, élimination du premier mot de l’appellation d’un quartier de Québec; ce qui pourra laisser croire aux générations suivantes qu’il fut baptisé, pardon nommé, pour la glorification d’une sacre, pardon d’un juron, bien populaire à une époque. Demain, croix du chemin ou du marin (j’ose en protège une devant le fleuve à Grondines) à laisser pourrir et disparaître? Pas par profanation. Non. Nous on ne fait pas ces choses. Juste par insécurité culturelle, par négligence, je n’ose dire par ignorance. Nuance, les croix de l’Assemblée nationale et de l’Hôtel de Ville me laissent mal à l’aise.
Nombrilisme et œillères, même dans les milieux savants, sont souvent mauvais guides. Un petit exemple vient de me sauter aux yeux. J’étudie l’arabe avec une certaine persévérance (10 000 heures, dans le respect de trois lois incontournables que j’extrais de la psychologie et de la neurologie) en particulier pour mieux connaître et établir des ponts avec le monde arabo-musulman. J’ai fait une découverte qui pourra aussi bien amuser les curieux qu’inviter au dialogue.
Les ouvrages consultés, grands, petits, historiques, encyclopédiques, disent tous la même chose. L’unanimité et le prestige des sources ne seraient pas toujours une garantie de la qualité. Le mot Noël n’aurait pas été mentionné en Europe avant le douzième siècle. Il aurait commencé à s’employer durant l’été en Espagne (voisinage de plusieurs siècle avec la civilisation arabe) comme expression de salutation et de bons voeux. On écrit (on semble beaucoup se copier les uns les autres, jeter un coup d’œil vous-même dans le premier dictionnaire) que le mot viendrait de l’évolution phonétique et modification vocalique de l’adjectif latin natalis (relatif à la naissance).
Le « o » de Noël aurait résulté de la différentiation des deux phonèmes identiques « a » de natalis ; le tréma se serait ajouté pour marquer la séparation vocale des voyelles « o » et « e ». Et le pauvre « t », lui, comment et quand serait-il disparu ? Silence. Curieux effort explicatif. Et aussi quel jargon pour cacher l’ignorance ou défendre sa thèse. D’autant plus suspect que complexe et incomplet. Autre raison de douter de la neutralité de l’intention, pourquoi a-t-on tellement tenu à faire remonter le substantif Noël au qualificatif natalis plutôt que, plus naturellement, au substantif nativitas (naissance)? N’aurait-on pas craint alors d’être obligé d’abandonner une origine chrétienne à laquelle on pouvait avoir de bonnes raisons de tenir? Objectif plaisant certainement mais contorsion mentale trop tortueuse pour être convaincante.
Je propose une explication infiniment plus simple, plus ancienne, plus sûre. On sait qu’en arabe, orthographe et vocalisation ont été fixées, pour ne plus changer, dès le début de l’Islam, au septième siècle. Par contre les langues européennes, issues de sources variées dont naturellement le latin et le grec mais aussi de nombreuses langues plus anciennes et obscures, n’ont cessé d’évoluer. Ce qui rend difficile le retraçage de l’origine d’un mot et de son sens. Pensons seulement à la fixation relativement récente des orthographes (avec deux curieux « f » qui révèlent l’origine et le sens n’est pas, jusqu’à ce qu’on accepte les actuelles propositions de l’Académie française, oui!, d’écrire plutôt « ortografe », bien sûr comme les Espagnols, Italiens et autres Allemands on déjà fait, eux) ainsi qu’à ces tendances encore plus récentes de simplification qui rendront plus difficile que jamais la filiation des mots. En arabe de telles difficultés n’existent pas.
Que dit cette langue du mot Noël? Aujourd’hui, pour parler de la fëte chrétienne les arabo-musulmans disent simplement « aïd almiilaad » c’est-à-dire fête de la naissance. C’est plutôt autour de la sonorité du mot qu’il faut orienter son attention. Tout dictionnaire un peu élaboré (Assabil par exemple n’est pas le moins utile) expose avec grande précision le sens et les modulations syllabiques de la racine trilitère (excusez je commence à faire savant) « n-oua-l ». Je fais grâce des caractères arabes parmi lesquels le « oua » est représenté par une seule lettre. Voici, solidement ancré sur cette racine « éternelle » à trois lettres, une liste de quelques mots arabes et leur signification :
● « na-ou-la » : donner, gratifier, offrir
● « na-ou-l » : don, faveur, bienfait
● « nou-oua-la » : cabane, hutte (gentil clin d’œil à la crèche de François d’Assise)
● « naa-oua-la » : présenter, tendre, offrir
On trouve associées à ces mots des variantes (par ajouts des préfixes « ma » et « ta » ainsi que des modulations « i » ou « a » de la semi-voyelle « ou ») comme dans:
● « ma-na-a-l » : obtention
● « ta-naa-oua-la » recevoir, prendre comme dans prendre à manger)
On peut mentionner aussi des noms propres révélateurs :
● « ni-ii-l » : avantage, profit, Nil (un pays ne s’en considère-t-il pas être le don ?)
● « na-oua-l » : prénom féminin Naoual signifiant don, faveur
Il n’est pas nécessaire de s’étendre longuement sur le voisinage méditerranéen permanent ni sur la longue domination culturelle et scientifique du monde arabe sur le monde européen pour imaginer un transfert du mot et de sa signification.
Joyeux Noël donc aux chrétiens comme aux musulmans (et à l’ensemble du monde qui a largement adopté l’expression et sa période de réjouissance) et par la même occasion Heureux Aïd (fête la plus importante pour nos amis et voisins, célébrée cette semaine)!
Hubert Laforge Ph.D., Québec