Daniel n’a besoin que de deux meubles adaptés pour être autonome : une chaise surélevée et un atelier de peinture sur mesures.
(Photo Thaïs Martel)
Daniel Laflamme, peintre du pied
Prendre son pied grâce à la peinture
En plus d’être un peintre reconnu dont les œuvres sont reproduites sur des calendriers, des agendas ou des cartes de souhaits, Daniel Laflamme, un résident de Duberger, habite seul en appartement, cuisine une bien bonne lasagne et, la période des fêtes venue, orne ses fenêtres de lumières de Noël. Rien de bien inhabituel? Certainement pas pour un homme qui n’a jamais pu se servir de ses bras.
Daniel Laflamme est né prématurément en 1958. Il souffre de paralysie cérébrale et n’a jamais pu se servir de ses bras. Ce qui n’empêche pas ses parents, qui refusent catégoriquement de le «placer», de l’élever comme une personne normale, suivant les conseils d’un médecin bien avisé. Heureusement, car la volonté de Daniel n’a jamais fait défaut et c’est en voyant à la télévision une jeune fille sans bras qui utilisait ses pieds pour accomplir diverses tâches qu’il décide qu’il en ira de même pour lui.
Alors que, jeune adulte, il passe une bonne partie de son temps au Centre François-Charron, il découvre la peinture et commence à suivre des cours particuliers en 1982. «Au début, on n’y croyait pas, on n’osait même pas espérer. On considérait la peinture comme un passe-temps, rien de plus», explique Claude Laflamme, le père de Daniel. Il en va tout autrement de l’un des intervenants du centre qui contacte l’Association des artistes peintres de la bouche et du pied (APBP). En moins de 15 jours, Daniel est accepté comme membre étudiant.
L’APBP
Fondée en 1956, l’APBP est présente dans 70 pays et rassemble des personnes qui, privées de l'usage de leurs mains à la suite d'une maladie, d'une blessure ou d'une malformation congénitale, font de la peinture en tenant leur pinceau avec la bouche ou le pied. Sur les 13 artistes peintres actuellement membres de l'APBP, Daniel est le seul à peindre avec son pied.
Le fonctionnement est simple : le peintre envoie ses œuvres à son rythme et elles lui sont retournées après avoir été reproduites. En échange, un montant d’argent est déposé tous les mois dans le compte en banque de l’artiste. Daniel envoie pour sa part une douzaine d’œuvres par année à l’association, ce qui lui permet d’être indépendant financièrement depuis 10 ans.
Une belle victoire pour Daniel qui n’avait pourtant pas l’intention de se contenter de gagner de l’argent : il allait être indépendant et habiter seul en appartement. Encore une fois, ses parents étaient sceptiques. «On n’y croyait pas, mais on l’a envoyé habiter avec son frère puis avec sa sœur en appartement. C’est elle qui nous a dit de ne pas nous inquiéter, que Daniel était tout à fait capable de vivre seul», raconte Claude qui passe quand même voir son fils à tous les jours.
Le père raconte avec émotion toutes les surprises qu’il a eues depuis que son fils vit en appartement. Daniel qui prépare une lasagne – il met des «pitaines» pour la sortir du four – ou encore qui a déménagé son ordinateur, rebranchant tous les fils lui-même. «Le temps ne compte pas pour Daniel, ce qui importe c’est de savoir s’il peut le faire lui-même.»
Atelier dans les écoles
Le peintre du pied est également un exemple pour les jeunes. Avec son père, il se rend dans les écoles qui en font la demande. Pendant que Daniel peint, Claude raconte son cheminement puis répond aux questions des élèves. «Même les plus malcommodes passent facilement une heure à écouter et à regarder Daniel sans bouger. On réalise qu’on rend service quand on sait que certains jeunes persévèrent plutôt que d’abandonner l’école en voyant Daniel et en se disant que si lui peut faire quelque chose de sa vie, eux aussi», considère M. Laflamme.
Il trouve d’ailleurs que les jeunes d’aujourd’hui sont très respectueux. «Dans mon temps, on ne se préoccupait pas des handicapés. Aujourd’hui, quand on va magasiner avec Daniel, il n’y a que les très jeunes enfants qui se retournent sur son passage, relate M. Laflamme. Pour tout le reste du monde, c’est parfaitement normal de le voir magasiner. Il y a 75 ans, une personne comme Daniel était un membre inutile de la famille, on le cachait dans le placard. Aujourd’hui, Daniel est respecté. Ça me fait chaud au cœur et j’en suis très fier.»
Malgré tout, l’avenir inquiète Claude Laflamme. «On ne rajeunit pas, ses frères et sœurs sont loin. Malgré tout, on essaye de ne pas trop s’en faire, surtout qu’on a commencé à s’inquiéter de bonne heure. Tant que je vais être capable, je vais continuer à venir voir Daniel tous les jours et à visiter des écoles avec lui», se contente d’indiquer M. Laflamme. Il espère bien que quelqu’un prendra la relève ensuite, mais se garde bien d’imposer quoi que ce soit à l’un des membres de sa famille.
<@CP>(Photo Thaïs Martel)
yvonne macphee
Commentaire mis en ligne le 20 septembre 2009Merci pour un bel example pour mon petit garcon, Daniel. Mon respect et mes meilleurs voeux pour Mr Daniel Laflamme et sa famille.