Pour une Église crédible, moins réactionnaire et rétrograde
Par sa récente décision de faire passer des tests psychologiques afin de refuser au sacerdoce tout séminariste ayant des penchants homosexuels, le Vatican persisterait-il une fois de plus à associer homosexualité et pédophilie? Un prêtre qui coucherait avec une femme commettrait-il alors une faute moins grave que celui qui coucherait avec un homme?
Au lieu de prendre des mesures aussi discriminatoires, la haute hiérarchie de l'Église catholique ne devrait-elle pas plutôt, à la demande d'ailleurs d'un évêque australien, mgr Geoffrey Robinson, entreprendre une «remise en question nécessaire» (Jean-Claude Leclerc) de son enseignement traditionnel en matière de sexualité, de morale sexuelle? Ainsi, à la suite de certaines Églises protestantes, l'Église catholique amorcerait alors une refonte en profondeur de sa doctrine sur des réalités fondamentales chez tout être humain, comme la sexualité et l'amour.
En effet, «au sein du monde protestant, notamment dans le sillage de la réflexion éthique de Dietrich Bonhoeffer(1906-1945), on a tendu à affirmer qu' une morale sexuelle d' orientation chrétienne ne peut plus être rigidement normative et dépendre, comme pour l'Église catholique, d' un droit naturel objectif, mais qu'elle doit être définie en fonction de l'apport des sciences humaines et sociales. Il faut éviter de recourir de façon idéologique à la Parole de Dieu contenue dans la Bible et il faut apprendre à confronter celle-ci avec les résultats de la recherche historique. La sexualité, qui ne peut plus se réduire à sa fonction dans le mariage et la procréation, est une valeur en soi, qui doit inciter à une nouvelle évaluation positive aussi bien des homosexuels que des bisexuels et des transexuels, ainsi que des manières non traditionnelles de former un couple (par exemple, entre personnes du même sexe)» - [Giavanni Filoramo]
Grâce à un révision en profondeur de sa doctrine, réalisable dans la mesure où elle se mettait vraiment à l'écoute de tous ses fidèles, et non seulement de sa frange conservatrice, l'Église catholique pourrait devenir une «Église dans le monde de ce temps», plus attentive aux préoccupations de tous ses fidèles. Grâce à une réelle et salutaire remise en question de ses positions théologiques, l'Église catholique permettrait sûrement de réconcilier avec l'institution plusieurs fidèles ayant délaissé, abandonné la pratique religieuse. Pour reprendre les mots du cardinal Ouellet prononcés à la fin du synode sur l'actualité de la Parole de Dieu, on vivrait alors «un moment très fort de l'Église». Une Église devenue plus crédible, moins réactionnaire et rétrograde.
Jean-Charles Castilloux, Québec