Après avoir touché le font, Michel estime que l'entraide et l’absence de jugement deviennent des éléments essentiels à la reconquête de l’estime de soi.
Témoignage de la réalité lorsque la vie est à reconstruire
La Maison de Lauberivière a 25 ans
Dans une autre vie, Michel travaillait dans le domaine de la construction. Marié et père de trois enfants, l’homme éprouvait des problèmes d’alcool, mais réussissait tout de même à mener une vie normale. En apparence…
«J’étais ce qu’on appelle un alcoolique fonctionnel, c’est-à-dire que je buvais, mais ça ne m’empêchait pas de faire mon travail correctement. À un moment donné, les choses ont commencé à empirer et, lorsque ma femme m’a quitté, ça a été le début de ma chute.»
Plus tard, Michel perd son emploi, est expulsé de son loyer -en raison de non-paiement- et passe sa première nuit à l’Armée du Salut. En 2000, il apprend de la bouche d’un de ses compagnons d’infortune qu’il peut aller avec eux prendre «un souper à l’Aube». «C’est comme ça que les gars appelaient la Maison de Lauberivière. J’avais faim et l’idée de manger un bon souper me faisait du bien. Souvent, c’est la faim qui amène les gens à venir faire un tour ici pour la première fois.»
Accueilli et accepté
Après avoir franchi les portes de la Maison, Michel est accueilli par Éric Boulay, un contact qui lui fait chaud au cœur. «Ce qui m’a frappé, c’est son sourire! Un vrai sourire accompagné d’une petite tape sur l’épaule. Vous n’avez pas idée à quel point ça m’a fait du bien! Je me sentais accueilli et accepté, deux choses que je n’avais pas vécues depuis tellement longtemps! Quand t’arrives à la Maison de Lauberivière, l’estime de toi-même est à terre. Et c’est la première chose que j’ai ressentie ici. On reconnaissait que j’étais une personne humaine en difficulté. C’est beaucoup.»
Mais, les problèmes de consommation se poursuivent et l’état mental de Michel en souffre. «Je me sentais partir peu à peu. Ça a commencé par des moments de confusion et des problèmes de concentration, pour aller jusqu’à des pertes de conscience. À un moment donné, la période d’un mois d’hébergement a pris fin, mais j’avais goûté le bien-être qu’on ressent quand on a un chez-soi. Je me suis dit que j’étais capable de connaître ce genre de bonheur à nouveau.»
À l’époque, Michel ignore que la Maison de Lauberivière offre un service de thérapie. «Dès que j’ai su qu’on donnait des thérapies, j’ai décidé d’en faire une. C’est une thérapie semi-fermée, donc avec une certaine ouverture. Pour mon tempérament, c’était ça qui me convenait.»
Et, les résultats positifs ne tardent pas. «Physiquement, dit-il, j’étais en forme à cause de mon ancien métier dans la construction, mais mon état mental était loin d’être à son meilleur. Deux semaines seulement après mon arrêt de consommer, j’ai recommencé à me sentir bien dans ma tête et j’ai confié le reste à ce qu’on appelle une puissance supérieure.»
Une fois sa thérapie terminée, Michel se voit offrir un travail de surveillance de nuit. «Un d’entre eux avait quitté et j’ai donc accepté le poste. En même temps, je faisais des petites tâches comme transporter des meubles dans la Maison. Le fait de côtoyer les gens et leur donner de l’aide me fait me sentir utile.»
À chacun son histoire
Pour Michel, l’absence de jugement est un élément essentiel à la reconquête de l’estime de soi. «Ici, il n’y a pas de préjugés. Chacun a son histoire et il ne faut pas porter de jugement sur les personnes. J’aimerais aussi dire aux gens que ce sont des petits gestes qui font toute la différence. Un sourire à quelqu’un qui a de la peine, ça peut lui mettre du soleil dans le cœur toute la journée.
À ce sujet, Michel a une anecdote à raconter. «Un soir d’automne, où les nuits sont fraîches et que le chauffage n’est pas tout à fait réglé, je suis entré dans la chambre d’un gars pour voir si tout était correct. Il avait l’air de dormir. Comme il n’avait qu’une petite couverture de coton sur le dos, je suis allé chercher une couverture en laine et je l’ai abrillé. Le lendemain, je l’ai croisé au mail Saint-Roch et il m’a dit qu’il ne dormait pas et que ce geste, pourtant tout simple, l’avait amené à prendre la décision d’entrer en thérapie pour régler ses problèmes. Parce que quelqu’un a pris la peine de l’abriller, il a pris la décision de penser à lui, une chose qu’il avait oubliée depuis longtemps.»
Comme quoi, les petits gestes, même les plus anodins, comptent beaucoup pour quelqu’un qui a tout perdu.