Québec, d’hier à demain (1/2)
Consulter le passé pour mieux penser l’avenir
Dans le passé de la ville de Québec, l’arrivée de nouveaux modes de transport a toujours eu un impact positif énorme sur le domaine des affaires. Que ce soit le tramway ou le train, le boom économique qu’a connu Québec à leur arrivée respective est indéniable. Ces constats sont d’autant plus frappants en cette période où les projets de train à grande vitesse et de tramway sont dans l’air.
PÔLE Québec Chaudière-Appalaches tenait cette semaine une conférence sur l’avenir et le passé de Québec. En posant un regard sur l’histoire de la ville, des indices peuvent ressurgir sur la façon dont on doit affronter le futur. Deux conférenciers ont exposé l’histoire passée et à venir de la Vieille Capitale.
Réjean Lemoine, historien, spécialiste des questions d’urbanisme et chroniqueur à Radio-Canada, indique d’abord que les premières années de la ville de Québec ont surtout servi de comptoir commercial pour la France. La traite des fourrures était la principale activité et les habitants de Québec s’alimentaient principalement avec les denrées envoyées du Vieux Continent. Il fallut donc développer l’agriculture, afin que la Nouvelle-France devienne une colonie autarcique.
C’est surtout au début du 19e siècle que l’industrie du bois, véritable Klondike pour la région, prit son essor de façon fulgurante. L’exportation du bois en France s’est faite en abondance, principalement pour la construction de bateaux. Toutefois, vers 1850, l’arrivée des navires en métal ralentit considérablement ce secteur et Québec doit se tourner vers autre chose. À l’époque, c’est plus de 40 entreprises qui sont dédiées à la construction navale, aux abords du Saint-Laurent.
Québec voit aussi s’installer, durant ce siècle, bon nombre de banques. Toutefois, le secteur des affaires compose avec un obstacle linguistique de taille. L’unilinguisme freine le développement d’ententes avec l’étranger.
Le transport comme élément central de l’économie
C’est alors que le chemin de fer rejoignit Montréal, en 1842. Un dur coup pour la ville de Québec, puisque beaucoup de main-d'œuvre déménage alors dans la métropole, qui vit un boom économique que Québec ne connaît pas, les rails n’atteignant pas la Vieille Capitale. C’est Lévis, quelques années plus tard, qui bénéficiera d’années fastes suite à l’arrivée du chemin de fer sur la Rive-Sud. Les deux rives paraissaient alors bien plus éloignées l’une de l’autre qu’aujourd’hui, aucun pont n’enjambant le fleuve. De plus, le fait que Québec soit le premier port en aval devient, avec l’avènement de ce nouveau moyen de transport, moins important.
Durant cette époque, sept grandes manufactures de chaussures faisaient de cette industrie un élément central de l’économie de Québec, à la fin du 19e siècle.
L’électricité produite par la rivière Montmorency a aussi permis à la région de continuer son essor. C’est ainsi que put naître la Dominion Textile, à Beauport, qui fait aussi partie des grandes manufactures qui ont permis à l’économie de Québec de croître. Le développement de centrales électriques permit à la capitale de suivre le rythme économique des autres villes nord-américaines en expansion.
Comme les industries ne pouvaient s’installer dans la Haute-Ville, selon la réglementation, on a donc dû développer de nouvelles manufactures dans d’autres secteurs, dont le quartier Saint-Roch. Pour ce faire, la main-d'œuvre devait pouvoir se déplacer facilement. C’est ainsi que le tramway a fait son apparition. Le développement économique de Québec a ensuite connu un essor important avec l’avènement de ce nouveau moyen de transport. Toutefois, l’absence de lien ferroviaire constituait toujours un boulet pour Québec.
Dans le secteur de l’éducation, jusqu’en 1920, l’Université Laval est la seule université québécoise. Cela attire donc à Québec des étudiants de l’extérieur, ce qui profite à la ville et qui fait en sorte de contrebalancer partiellement la ruée des travailleurs vers Montréal, plus prospère, car munie de liens ferroviaires avec les États-Unis et le reste du Canada.
C’est à ce moment – en 1900 – que Wilfrid Laurier, député de Québec-Est et premier ministre du Canada, décida que le train devait traverser le fleuve. Voilà que le pont de Québec apporta un nouveau souffle à l’économie de la région.
La diversification économique: une valeur ajoutée
Le début des années 1920 sonne le glas pour l’industrie de la chaussure à Québec. La crise financière qui suivra en 1930 fera mal à l’ensemble des industries manufacturières. On doit donc suppléer ces mises à pied. Cela se traduira par l’expansion de l’état québécois, par l’embauche massive de fonctionnaires, ce qui permet à Québec de se sortir de la crise industrielle. Après un conservatisme ambiant qui durera jusque dans les années ’80, l’économie de Québec se diversifie et la ville regagne un certain dynamisme économique.
Le secteur culturel fleurit, et la ville est le lieu de plus en plus de ces rencontres festives. D’un seul festival – le festival d’été – la ville passe à 27 en quelques années. Le Vieux-Québec, désigné comme un joyau du patrimoine mondial par l’UNESCO, est pris d’assaut par les touristes.
De plus, Québec devient un lieu d’expérimentation dans plusieurs domaines. Des créateurs innovateurs font en sorte que la ville se démarque de la métropole québécoise. On assiste d’ailleurs de plus en plus à un mariage entre gens d’affaires et créateurs artistiques, ce qui donne à la ville un atout majeur quant à l’organisation d’évènements d’envergures.
Bref, bien que Québec ait connu une certaine prospérité avec ses matières premières (fourrure, bois), c’est la diversification de son économie qui a fait de la capitale québécoise une ville dynamique avec une économie au-dessus de toute mode ou de fluctuation de certains secteurs de son économie. Le développement des transports a aussi eu un impact majeur sur le milieu des affaires, à Québec.