Le pape charrie
Lors de sa visite en France, le pape Benoît XVI a insisté sur l’importance de distinguer entre le politique et le religieux, mais en ajoutant qu’il fallait «prendre une conscience plus clair de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences…»
Que les religions soient irremplaçables pour former nos consciences, surtout morales, est une affirmation tout à fait gratuite, démentie par l’histoire. Il est complètement faux que les athées et les agnostiques soient incapables d’une conscience morale comme le laisse souvent sous-entendre les religions. C’est exactement ce que vient de faire Benoît XVI en affirmant que la religion est irremplaçable à la formation des consciences. Il disqualifie ainsi l’État laïc comme premier responsable de l’enseignement d’une éthique naturelle capable d’unir tous les citoyens autour d’un socle commun de valeurs transcendant les différences culturelles, et surtout religieuses, qui les ont toujours divisées.
Les clergés de toutes les religions sont très conscients que le jour où les démocraties enseigneront une éthique fondée sur la nature humaine, donc universelle, les religions perdront leur principale raison d’être. C’est pourquoi le lobby religieux a forcé la main des fonctionnaires du ministère de l’Éducation pour que la culture religieuse soit intégrée au programme d’éthique plutôt qu’à l’histoire. Il tenait absolument à influencer très tôt la conscience des enfants encore incapables d’une pensée réflexive et critique. On laisse ainsi sous-entendre que l’on ne peut pas être moral sans être croyant.
Faut-il se surprendre que le nouveau programme Éthique et culture religieuse soit contesté de toutes parts au Québec?
Gaston Marcotte,
professeur associé à la Faculté des sciences de l'éducation
de l'Université Laval et
Président-fondateur du Mouvement Humanisation