«Le problème avec l’électricité c’est qu’on ne peut pas la stocker. Mais un million de batteries rechargeables, c’est mieux qu’un nouveau barrage», affirme Philippe Bélanger, responsable des opérations PHEV.
Véhicule électrique branchable : quand rouler vert devient payant
Dans un futur pas si lointain, vous pourriez vendre de l’électricité à Hydro-Quebec avec votre véhicule totalement électrique. C’est ce genre de bouleversement économique, social et environnemental que tente de prévoir l’équipe multidisciplinaire de recherche sur le Plug-in Hybrid Electric Vehicle (PHEV).
Un peu partout dans les rues de Québec, d’ici quelques années, des voitures électriques qui se rechargent dans une prise de courant domestique,
ne serait plus de la science-fiction, selon Philippe Bélanger, responsable des opérations PHEV, le plus grand laboratoire sur le véhicule branchable en Amérique du Nord. Les facultés des sciences et génie, des finances et d’administration de l’Université Laval sont mises à contribution dans ce remue-méninge perpétuel où on analyse les enjeux de l’arrivée massive de ces véhicules et on travaille à l’amélioration de la technologie.
«Chevrolet s’en vient avec sa Volt branchable, Saturn avec sa Vue. Le prix de la batterie, c’est le gros morceau dans tout ça, mais avec l’innovation de Modenergy, filiale d’Enersys le plus grand fabricant de batteries industrielles au monde, partenaire de l’Université Laval dans le projet de recherche, le coût de la batterie chute considérablement.
Le concept est simple : un assemblage de centaines de milliers de piles au lithium-ion haute performance telles que celles qu’on retrouve dans les cellulaires. L’explosion de la production de piles au lithium pour les appareils électroniques en fait constamment chuter le prix», explique M. Bélanger.
«La durée de vie de cette mégapile est plus longue également, jusqu’à 5 ans, comparativement à trois, pour les autres modèles sur le marché. Lorsqu’une des piles manque, il y en a des milliers d’autres pour prendre le relai.
À 1,50 $ le litre d’essence, selon nos calculs, nous sommes à 2 000 $ du coût global d’utilisation sur un an d’un véhicule uniquement mu à l’électricité versus le modèle hybride Prius», continue-t-il. CIBC soutenait au printemps dernier que le prix moyen du litre d'essence à la pompe devrait atteindre 2,25 $ d'ici 2012.
À première vue anodine, l’arrivée massive de ces véhicules, possiblement un million d’ici 10 ans, soit le tiers du parc automobile québécois, selon M. Bélanger, entrainera plus d’un bouleversement dans l’économie, l’environnement, voire la vie sociale des Québécois.
Adapter le réseau électrique
Toute la gestion de la recharge des véhicules à titre d’exemple représente un défi majeur. «Jusqu’à maintenant, Hydro-Québec était plutôt craintive. Le réseau électrique ne pourrait pas le supporter actuellement. Pour donner une idée, par une froide soirée d’hiver sur l’heure du souper, le réseau est sollicité à 90 %. Si un million de propriétaires de véhicules branchables les rechargent au retour du travail, c’est 25 % de ce que le réseau peut fournir qui est drainé», estime-t-il.
La première étape, selon Louis Tremblay, un ingénieur junior de l’équipe PHEV, serait d’instaurer, comme c’est déjà le cas en Ontario, une modulation des tarifs d’électricité selon les heures de consommation. Ainsi, aux heures de pointe, le kWh d’électricité se vendrait plus cher que la nuit.
De plus, le réseau électrique intelligent n’accepterait pas le branchement des véhicules pendant ces heures. La deuxième étape, d’ici une vingtaine d’années, serait l’implantation d’un réseau électrique à deux voies. Un réseau où on peut acheter, mais aussi vendre de l’électricité à Hydro-Québec.
«Le problème avec l’électricité, c’est qu’on ne peut la stocker. Mais un million de batteries rechargeables, c’est mieux qu’un nouveau barrage», illustre Philippe Bélanger. Les propriétaires de véhicules branchables pourraient emmagasiner de l’électricité et la revendre à Hydro-Québec lorsque le réseau en a le plus besoin.
«Pour l’État, c’est intéressant. Nous pourrions augmenter la sécurité énergétique en diminuant notre dépendance au pétrole étranger.Selon mes calculs, les revenus supplémentaires dans les coffres de l’État, si on instaure une taxe sur l’énergie équivalente à ce que nous payons sur l’essence, seraient de 1 G$ par an pour le provincial et le fédéral. Sans compter l’électricité potentielle à exporter aux heures de pointe pour Hydro-Québec», évalue M. Bélanger.
Est-ce que l’arrivée massive de véhicules branchables entrainerait une explosion des prix de l’électricité comme pour le pétrole? «Nous ne croyons pas, parce que contrairement au pétrole, l’électricité c’est un portefeuille d’énergie, elle est produite à partir de différentes sources (charbon, nucléaire, éolien, solaire, hydraulicité, etc.) qui se font concurrence.»
Le Canada en retard?
Des bornes de recharge seront bientôt installées sur le campus de l'Université Laval. Une cinquantaine de véhicules participeront au laboratoire. «Éventuellement, nous pourrions installer des lecteurs, les conducteurs glisseraient une carte à puce et l’Université pourrait facturer l’énergie utilisée pour la recharge», propose M. Tremblay.
Ailleurs, cette réalité de demain se met en place aujourd’hui. Le projet Better Place en Israël implante, un peu partout sur le territoire, 500 000 bornes de recharge ainsi que des stations d’échange de batteries vides pour des pleines. Tokyo dispose déjà de 200 bornes de recharge en moins de 5 minutes et en comptera 1 000 d’ici 2012. L'avenir est là.