Astres orphelins en quête de compatibilité
Un fauteuil rotatif, un sofa, une table. Sur les murs : des photos de planète. Voilà l'univers dans lequel gravitent Henri, Sonia, Hubert et Inès, les quatre protagonistes de la pièce Trois versions de la vie, présentée jusqu'au 30 août prochain au Théâtre Petit-Champlain.
Offerte par la compagnie Théâtre Voix d'Accès, qui nous a habitués à des créations plus «hop la vie» (Le dîner de cons; Le Père Noël est une ordure), l'œuvre de l'auteure française Yasmina Reza détone du lot. À bas les gros rires gras alors qu'au cœur de ce living room dépouillé de toute fantaisie règne une froideur ressentie même au fin fond de la salle.
Composée de trois actes, qui se veulent autant de versions différentes de la même soirée, la pièce va droit au but. Très rapidement, les amateurs sont projetés au cœur d'une histoire abracadabrante, soit celle d'un astrophysicien et de sa femme qui voient un soir débarquer chez eux un collègue et sa conjointe qu'ils croient avoir invités pour le lendemain.
L'arrivée hâtive – on parle ici d'une journée à l'avance – de ce couple provoquera un véritable cataclysme engendrant une série de quiproquos desquels éclabousseront des astres esseulés qui tenteront tant bien que mal de trouver une brève apparence de compatibilité chez l'être aimé.
Ayant pour point central le vide qui nous entoure, c'est dans la subtilité des dialogues que la pièce puise toute son essence. Des dialogues au rythme soutenu et mis en valeur par une mise en scène signée Véronique Côté, qui n'a pas hésité à donner au résultat final une touche à la fois criante et déstabilisante.
En ce qui a trait aux performances, difficile de passer sous silence le brio des comédiens Emmanuel Bédard et France LaRochelle qui portent à bout de bras ce texte où le cynisme est roi. Entouré d'une Alexandrine Warren (Inès) sotte à souhait et d'un Normand Bissonnette (Hubert) qui joue parfois – malheureusement – un peu trop, le couple d'Hubert et Sonia ne s'attendait certainement pas à vivre une soirée de la sorte. Pas plus que les spectateurs qui, au sortir de la représentation, affichent un air pantois. Une mine déconcertée qui n'est pas étrangère au fait qu'ils viennent de se taper trois soirées en une.
Sans s'inscrire au nombre des chefs d'œuvre du Théâtre Voix d'Accès, Trois versions de la vie n'en demeure pas moins une valeur sûre pour tout amateur qui souhaite s'offrir un divertissement qui porte à la réflexion. Une réflexion sur la solitude enfouie en chacun de nous, qui n'attend qu'une étincelle pour surgir et chambouler notre petit univers.