Quatrième église La Nativité Notre-Dame en 1910. En avant plan, les maisons ancestrales Girardin et Marcoux.
Les églises du vieux bourg à Beauport
Un brin d'histoire avec la Société d'art et d'histoire de Beauport
Quatre temples ont précédé l’actuelle église de La Nativité de Beauport sur ce site. La toute première est construite vers 1672. Selon le modèle des Jésuites, elle adopte un plan en forme de croix latine, avec deux chapelles latérales faisant transept.
Lorsque la paroisse est créée, en 1684, elle dessert une population de 320 âmes réparties en 46 familles dans les villages de Fargy, Saint-Joseph, Saint-Michel et le Petit Village. Ses vestiges ont été mis au jour lors de fouilles archéologiques réalisées en 2006 et 2007. On a également découvert les restes d’autres bâtiments, dont les deux presbytères antérieurs à l’actuel et une maison de la fabrique qui a servi d’école, de chapelle des morts et de salle publique. Le périmètre du cimetière utilisé entre 1720 et 1879 a aussi été retracé.
Au début du 18e siècle, l’église devient trop petite pour accueillir les paroissiens de plus en plus nombreux. On entreprend la construction d’une nouvelle église en 1720. Deux ans plus tard, elle est livrée au culte. Le temple est agrandi de l’intérieur en ajoutant un jubé en 1748. L’église est ensuite dotée de deux tours en façade, donnant probablement accès à des galeries latérales en 1773. Enfin, en 1799, un campanile vient couronner le pignon de la petite église désormais dotée de trois chambres de cloches.
L’apport d’architectes et d’artisans célèbres
En 1849, on entreprend la construction d’une troisième église, encore plus vaste, d’après les plans de Charles Baillairgé. Âgé de 23 ans, le jeune architecte s’est initié au métier auprès de son petit-cousin, Thomas Baillairgé. En 1845, il assistait l’illustre architecte sur le chantier de l’église de Saint-Roch, puis dessinait les plans de la première église de Saint-Jean-Baptiste (toutes deux disparues). À Beauport, Baillairgé propose un temple néogothique de 61 par 24 mètres. Deux tours clochers surmontées de flèches effilées dominent une église à trois vaisseaux prolongée d’une sacristie de deux étages. Suivant un mode de construction connu à cette époque, la nouvelle église est bâtie autour de l’ancienne, ce qui permet de poursuivre le culte sans interruption dans le premier temple, avant qu’il ne soit démoli, une fois le nouveau bâtiment couvert. Le 24 janvier 1890, le feu ravage l’église. On a tout juste le temps de sauver les vases sacrés!
L’architecte François-Xavier Berlinguet se met aussitôt à la tâche pour relever l’église de ses cendres. Deux tours clochers surmontées de hautes flèches encadrent la façade du nouveau temple, également de style néogothique. Le somptueux décor intérieur est réalisé en bois de frêne, de chêne et d’acajou. Dans le chœur, un baldaquin éclairé de 2 000 ampoules enchâsse le maître autel. Le dépôt d’encens mal éteint dans la sacristie est à l’origine d’un terrible incendie en 1916. Le feu dévaste le temple. Seuls les vêtements sacerdotaux, une partie de l’escalier de la chaire, les bancs et les tableaux du chemin de la croix (refaits à l’identique des précédents datant de 1876), sont sauvés des flammes.
L’église est immédiatement reconstruite d’après les plans originaux, à l’exception des tours clochers, qui ne sont plus surmontées de flèches. L’architecte George-Émile Tanguay dirige les travaux. À l'intérieur, les nervures de fausse voûte, les grandes arcades et les fenêtres en ogives s’inspirent de l’architecture de l’Europe médiévale. La sculpture sur bois de noyer noir, de chêne et d’acajou rehausse le décor intérieur. La chaire est refaite à l’identique de la précédente et le chemin de la croix est restauré. Avec ses trois mètres de haut, c'est l'un des plus grands chemins de la croix à avoir été importés au Canada.
Le retable du maître-autel constitue la pièce maîtresse du chœur de l'église. Œuvre de l’architecte Adrien Dufresne, qui signe aussi les plans des autels latéraux, il est réalisé des artistes de grande réputation tels Georges Trudelle, sculpteur, Henri Angers, statuaire et Gérard Lagacé, doreur. Originaire de Beauport, Dufresne est fraîchement diplômé de l’école des Beaux-Arts de Québec lorsqu’il dessine ces plans. Enfin, l'orgue Casavant, inauguré en 1931, est composé de 60 jeux et contient l'un des plus grands tuyaux posés sur ce type d'orgue, soit 32 pieds. Sa construction a nécessité 4 000 heures de labeur par 200 travailleurs.
Rendez-vous avec 5 églises et 375 ans d’histoire
Le dimanche 17 août prochain, la Société d’art et d’histoire de Beauport, dans le cadre du mois de l’archéologie, présente les résultats des deux récentes campagnes de fouilles ainsi qu’une mise en contexte historique du site de l’église de La Nativité Notre-Dame de Beauport. L’activité gratuite aura lieu à deux reprises : 13 h et à 15 h, à la salle paroissiale (sous-sol) de l’église de La Nativité (25, rue du Couvent).
Information :
www.sahb.ca ou (418) 641-6065.
* (Collaboration spéciale Denyse Légaré, Ph. D., historienne, en collaboration avec la SAHB)