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Front commun contre la «régularisation» du débit du fleuve

par Luc Fournier
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Article mis en ligne le 17 juillet 2008 à 13:28
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Front commun contre la «régularisation» du débit du fleuve
Le front d'eau salée se situe à la hauteur de l'Île d'Orléans et à moins de 35 kilomètres de certaines des prises d'eau de la ville de Québec.
Front commun contre la «régularisation» du débit du fleuve
La Commission mixte internationale (CMI), qui gère entre autres la question de la voie maritime du Saint-Laurent, propose des changements qui pourraient avoir un impact sur le débit du fleuve. En effet, les efforts pour régulariser le niveau du lac Ontario afin de répondre aux besoins croissants en eau dans le secteur des Grands Lacs, pourraient alors priver la région de Québec d’une réserve importante d’eau douce en aval. L’opposition politique régionale s’organise.
En voulant accommoder les riverains du lac Ontario par l’augmentation de son niveau d’eau, un écoulement restreint d’eau douce provenant des Grands Lacs réduirait ainsi le débit du fleuve. Combiné à la hausse du niveau du Golfe Saint-Laurent, causée par la fonte des glaciers arctiques, cela aurait pour effet de faire avancer vers l’ouest le front d’eau salée, qui se situe actuellement à la hauteur de l’Île d’Orléans. De ce fait, les prises d’eau municipales, installées à 35 kilomètres en amont du front salin, deviendraient inutilisables vu l’incapacité des usines à traiter l’eau salée.

De plus, il s’avère que certains milieux humides s’en verraient bouleversés, modifiant du même coup les conditions de vie de nombre d’espèces végétales et animales. Une hausse de la pollution serait même à prévoir, étant donné l’augmentation de la proportion des rejets polluants causée par la baisse de la quantité d’eau dans laquelle ces rejets sont dissouts.

Du côté de la CMI, ont croit qu’un nouveau plan d’action pour le lac Ontario et le fleuve Saint-Laurent est devenu nécessaire «afin de tenir compte de l'évolution des intérêts (approvisionnement d'eau, navigation commerciale et de plaisance, hydroélectricité, biens riverains, environnement)». Le projet 2007 a été présenté le 28 mars dernier et a fait l’objet de séances d’information et d’audiences publiques qui se sont terminées en juin.
Nombreux opposants
La CMI aura toutefois à convaincre plusieurs acteurs du milieu avant d’en arriver à la réalisation de son projet. Le gouvernement du Québec, la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ), les villes de Montréal et de Trois-Rivières ainsi que plusieurs organismes environnementaux ont joint leur voix afin de s’opposer au projet.

Si les répercussions sur la ville de Québec, aussi majeures soient-elles et malgré des études de 20 M$, n’ont pas été analysées par la CMI, c’est que l’organisme situe à Trois-Rivières la fin de sa zone d’intervention. La CMQ invite donc la CMI à inclure Québec dans cette zone afin qu’on tienne compte de l’impact majeur d’une telle baisse du débit d’eau du fleuve pour la ville qui fête ses 400 ans et ses citoyens.

Du côté de Nature Québec, on croit que «le plan proposé est insoutenable du point de vue du développement durable». Ceux-ci recommandent, entre autres, que la régularisation de l’eau soit le plus près possible des débits naturels.

Il est à se demander à qui profiteront les changements de nature «environnementale» dont souhaite faire le CMI. Certes bénéfiques pour les Ontariens et les Étatsuniens, la hausse des réserves d’eau dans ce secteur pourrait être dramatique pour les gens en aval, soit la majeure partie des Québécois. Et la ville de Québec, par le bouleversement de son écologie marine et par la soustraction à ses citoyens d’une réserve d’eau douce inestimable, se verrait être la plus durement touchée par une baisse du niveau du fleuve.

Pour la CMI, lorsqu’il est temps de donner plus de détails sur les avantages qu’apporterait un tel changement, les dollars semblent prédominer sur les aspects environnementaux. Parmi ces avantages, la production d’hydroélectricité et l’amélioration de la voie maritime du Saint-Laurent figurent en tête de liste.

ST:Un peu d’histoire
La construction des écluses et barrages qui ont formé la voie maritime du Saint-Laurent a débuté en 1954. À l’époque, on voulait faire en sorte que les navires océaniques puissent pénétrer jusqu’au cœur des Grands Lacs pour des fins commerciales. L’édification du barrage Moses-Saunders, entre Cornwall, en Ontario, et Massena, dans l’état de New York, avait d’ailleurs créé le lac Saint-Laurent, un réservoir immense qui avait inondé 260 km de terre, dont plusieurs villages ontariens. Plus de 6 500 Ontariens avaient été déplacés. Les répercussions du côté américain avaient été presque nulles compte tenu de la faible occupation du secteur à l’époque.
La CMI se veut un organe indépendant et objectif mandaté conjointement par les États-Unis et le Canada pour prévenir et résoudre des différends entre les deux pays en vertu du Traité des eaux limitrophes de 1909.

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