Véritable amoureux de la mer, le Québécois s’inscrit dans la Royal Canadian Navy alors qu’il n’est encore qu’un jeune adulte. Puis, la Seconde Guerre mondiale éclate. Fidèle à sa passion, il s’enrôle dans la Marine canadienne.
Acte héroïque en pleine guerre (2/5)
Quelque 54 sous-mariniers allemands sauvés grâce au dévouement de Stanislas Déry
Pas besoin de muscles d’acier et de pouvoirs surnaturels pour être un héros. Une pincée de bonté humaine saupoudrée de bonne volonté s’avère tout aussi efficace. Stanislas Déry en est un parfait exemple.
Les actes d’héroïsme et de bravoure les plus profonds sont souvent méconnus et anodins. À preuve : le geste humaniste de Stanislas Déry, gardé sous silence de longues années durant. Il fait enfin surface, après une période de latence de plus de 64 ans. Pourtant, l’homme a été – et est toujours – source d’inspiration pour ses proches.
Stanislas Déry naît pratiquement avec une rame dans les mains, en 1912. Son père, friand des bateaux et de la mer, n’hésite pas à se rendre fréquemment à Trois-Pistoles, afin de naviguer sur les eaux du Saint-Laurent. Véritable amoureux de la mer, le Québécois s’inscrit dans la Royal Canadian Navy alors qu’il n’est encore qu’un jeune adulte. Puis, la Seconde Guerre mondiale éclate. Fidèle à sa passion, il s’enrôle dans la Marine canadienne.
«Mon père a rencontré ma mère durant la guerre et ils se sont mariés. Maman vivait toujours dans ses valises, car elle ne savait pas où ni à quel moment elle pourrait revoir mon père», raconte Gaston Déry, fils de Stanislas.
En 1944, Stanislas Déry, âgé de 28 ans, se trouve à bord du St. Thomas. Il revêt alors les couleurs de commandant en second. La mission de son équipage consiste à accompagner les convois maritimes marchands. Ces derniers, mandatés de ravitailler l’Europe, doivent se rendre à destination en toute sûreté.
Le 27 décembre, l’équipage détecte la présence d’un sous-marin allemand. «Mon père s’est alors dit qu’il ne s’était pas entraîné pendant des années pour se faire couler», relate Gaston Déry. Le navire fait feu en direction de l’ennemi, qui n’a guère de chance. Une cinquantaine de sous-mariniers allemands réussissent néanmoins à remonter à la surface. «Les Canadiens ont l’ordre de ne pas recueillir les survivants, car il est prévu qu’un navire de la Croix-Rouge le fera. Mon père voit les 54 sous-mariniers appelés à une mort certaine. Il ordonne de tirer les filets. Un certain stress règne toutefois sur le navire, et quelques Canadiens prennent les armes et font feu sur les Allemands», décrit le fils de Stanislas.
L’équipage allemand est rescapé et accueilli sur le navire canadien. Nourriture et vêtements secs sont rapidement distribués aux survivants. Comme le veut la tradition, Stanislas doit offrir un traitement équivalent au sien au lieutenant-commandant allemand, Peter Heisig. «Stanislas partage sa cabine avec M. Heisig. Au fil du temps, les deux hommes se rendent compte qu’ils ont les mêmes valeurs humaines et les mêmes affinités», relate M. Déry.
Une véritable amitié naît entre les deux hommes. Canadien et Allemand partagent repas, confidences et anecdotes jusqu’à l’arrivée du navire en sol britannique. «Lorsque le bateau a accosté en Angleterre, Stanislas a dû envoyer l’équipage allemand dans un camp de prisonniers. Mais mon père n’a jamais cessé de faire parvenir des cadeaux à son ami Peter au camp. La bonté des Canadiens envers les Allemands est mémorable.»
Après la guerre, Stanislas Déry s’est installé à Saint-Jean-sur-Richelieu, où il a entrepris sa carrière d’avocat. Il y est demeuré pendant 17 ans, après quoi il est revenu dans son patelin, à Québec. Il a exercé plusieurs professions d’influence, dont celle de coroner.
Seconde vie
Pour Peter Heisig, le geste de Stanislas lui a offert une «seconde vie». Et jamais les deux hommes n’ont voulu rompre le lien d’amitié qui s’est ancré entre eux. Au contraire, ils l’ont constamment nourri. «Il n’y a pas une journée où papa ne nous parlait pas de Peter, assure M. Déry. Et sur la table de chevet de Peter Heisig, il y a trois photos. Celle de ses parents, pour les remercier de l’avoir mis au monde, celle de sa femme, pour lui avoir donné ses enfants, et celle de Stanislas, pour lui avoir donné une seconde vie.»
Les deux hommes se sont retrouvés pour la première fois à Munich, en 1961. Puis, en 1985, c’est M. Heisig qui a traversé l’Atlantique pour saluer son vieil ami. Les deux familles conservent depuis des liens très étroits.
Fierté d’un fils
«Durant la Seconde Guerre mondiale, un homme, un citoyen de Québec, a été se battre pour la liberté de notre pays. Le geste qu’il a posé est intemporel, de souligner M. Déry avec conviction. Je suis fier d’être le fils de mon père. Le récit du sauvetage des sous-mariniers allemands a baigné mon enfance. C’est un homme que je respecte énormément. Toute la famille a développé des liens d’amitié avec la famille d’Heisig. Une amitié cimentée par des valeurs très fortes.»
«Cet événement est empli de messages empreints d’humanité qui conditionnent toute ma vie et m’encouragent à pardonner à mes ennemis», conclut Gaston Déry.