De la même façon que le réseau électrique a libéré du capital humain et financier dans les entreprises, le «World Wide Computer» transformera la structure des compagnies.
Vers une nouvelle révolution
Nous sommes à l'aube d'un changement majeur qui transformera en profondeur la façon dont les entreprises et les gouvernements investissent et interagissent. Ce Big Switch, nommé ainsi par Nicholas Carr, auteur spécialisé dans les technologies de l'information (TI), aura un impact comparable à celui de la mise en place des réseaux de distribution d'électricité.
Il y a une centaine d'années eut lieu une véritable révolution lorsque les entreprises ont eu accès aux réseaux électriques. Terminée l'obligation de produire soi-même l'énergie nécessaire à sa production. Libérées les sommes énormes de capitaux et de main-d'oeuvre dévolues à la production d'un intrant destiné exclusivement à la production principale de la compagnie. Ainsi, la simple possibilité de se brancher au réseau électrique a transformé en profondeur la réalité des gens, des entreprises et des gouvernements en seulement deux décennies.
Une révolution du même type serait sur le point de se produire, affirme Nicholas Carr, conférencier invité par le CEFRIO à son colloque Villes, régions et territoires innovants. «Jusqu'au début du 20e siècle, les entreprises n'avaient pas le choix de produire elles-mêmes leur propre énergie. C'est la même chose aujourd'hui avec les TI. Vous devez avoir votre propre système, votre propre centrale de traitement des données accompagnée du personnel nécessaire à son bon fonctionnement.»
Cette façon de faire, cette obligation faute d'alternatives, est extrêmement coûteuse et inefficace, soutient M. Carr. «Dans les entreprises, la proportion du capital investi dans les TI est passé de moins de 10% des investissements en équipement dans les années 60 à 45% maintenant. Je ne dis pas que c'est mauvais, mais s'il était possible de s'approvisionner en TI d'une façon différente, tout ce capital libéré pourrait être investi directement dans la principale production de l'entreprise.»
Pourquoi les TI? Pourquoi maintenant?
Nicholas Carr trace ce parallèle entre les TI et l'électricité en raison de leur nature commune. «Il s'agit de technologies d'usage général, explique-t-il. Elles sont davantage utilisées pour produire d'autres biens qu'elles sont un bien en elles-mêmes. Et elles peuvent être produites à distance.»
Depuis l'avènement d'Internet, tous ces qualificatifs s'appliquent aux TI. Pourtant, si cette révolution n'a pas encore eu lieu, c'est qu'il manquait un facteur essentiel qui est maintenant disponible: un réseau de distribution efficace.
«Premièrement, la capacité de la bande passante s'est énormément accrue permettant le transport efficace et rapide des données. Deuxièmement, le réseau de distribution est finalement en place et s'étend rapidement.»
À l'exemple de Google
Selon Nicholas Carr, les individus sont déjà passés du «World Wide Web » au «World Wide Computer», reste les entreprises et les gouvernements. «Jusqu'à tout récemment, lorsque nous voulions faire quelque chose de nouveau avec notre ordinateur, nous allions au magasin acheter un nouveau logiciel, l'installions et tentions de le faire fonctionner. Maintenant, nous n'avons qu'à nous brancher à des sites comme Google, YouTube, Facebook et beaucoup d'autres. Le changement s'est produit sans même que nous nous en rendions compte parce que c'est plus simple, plus facile et moins dispendieux.»
Les entreprises tardent un peu plus à bouger, mais le mouvement est lancé. «Des géants comme Microsoft suivent l'exemple de Google et bâtissent d'immenses centres de traitement de données d'où les logiciels seront accessibles aux utilisateurs. Soudainement, les compagnies n'ont plus besoin d'acheter de l'équipement et d'engager du personnel pour le faire fonctionner. Elles n'ont qu'à accéder à certains sites et payent seulement pour les services qu'elles utilisent, quand ce n'est pas gratuit.»
Hors du réseau, point de salut
L'une des principales implications de cette transformation est le rôle accru qu'y joueront les gouvernements. Si, pour les entreprises, la question est de savoir s'il est opportun ou non de se lancer dans de grands investissements en TI «maison», pour les gouvernements, il faut s'assurer que ces entreprises aient la possibilité de se poser la question.
«Le développement économique des régions qui ne seront pas reliées au réseau sera compromis, prédit Nicholas Carr. Les gouvernements ont la responsabilité de fournir aux régions les infrastructures nécessaires à leur participation au réseau.» Si, dans un monde interconnecté, les distances sont réduites, les zones exclues de ce réseau font face à des perspectives de croissance très mitigées.
Moins de main-d'oeuvre
Les conséquences de cette révolution pourraient être dramatiques sur la main-d'oeuvre, comme le démontre l'exemple de Skype. Cette compagnie de services téléphoniques interurbains dessert autant d'utilisateurs que British Telecom avec seulement 200 employés, contre 100 000 pour le géant britannique.