Deuxième prix du concours de nouvelles
«Des pas dans la neige»
C'est une silhouette grêle, emmitouflée dans une grande couverture de laine bleue, roulée en boule dans le fauteuil au fond du salon. Marie regarde par la fenêtre entrouverte. La neige tombe du ciel comme des paillettes qui recouvrent tout le paysage. L'air est doux et des lumières multicolores miroitent sur les arbres, les portes et les fenêtres des maisons. Leurs ombres viennent s'échouer en taches rouges, jaunes et vertes sur les bancs de neige. C'est Noël. Elle va mourir.
Marie ne bouge pas devant le médecin qui lui annonce que la maladie est de retour, qu'il n'y a rien à faire, sinon endormir la douleur. Deux mois, tout au plus. Elle se lève comme si elle flottait au-dessus du sol, referme sans bruit la porte du cabinet, s'assoit dans sa voiture et ferme les yeux. Sous ses paupières s'agitent deux pierres bleues déboussolées. Elle roule jusqu'à la maison sans même sans s'en rendre compte, les yeux rivés sur la route, la tête vide. Ses mains tremblantes et mouillées glissent sur le volant. Quand l'hiver fouette, brûle, pèle la peau, quand les arbres cassent, quand la nature est momifiée et que plus rien ne bouge, elle a toujours eu la certitude d'un retour du soleil. Elle sait que le monde va renaître. À cet instant étrange, Marie a au fond du cœur une nouvelle certitude, une conscience de la fin, réelle et crue. (…)
Extraits de la nouvelle de Valérie Forgue, 2e prix