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Le salaire de nos élus

Article mis en ligne le 18 mars 2008 à 6:30
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Le salaire de nos élus
Si, demain matin, on vous proposait de doubler ou tripler le salaire du premier ministre du Québec, vous seriez probablement contre. Pourtant, beaucoup d’entre vous sont prêts à payer un billet à 150 $ pour admirer des joueurs de hockey payés des millions de dollars. Cherchez l’erreur?
Le premier ministre du Québec reçoit une rémunération annuelle de 182 000 $. Lundi soir, Robert Plouffe, journaliste au réseau TVA, révélait que le Parti libéral du Québec versait, depuis 10 ans, un salaire additionnel de 75 000 $ par ann à Jean Charest. Ce salaire additionnel est tout à fait légal et M. Charest acquitte ses impôts sur ce revenu.

François Gendron, député du Parti québécois, a déchiré sa chemise à l’Assemblée nationale. Pour lui, «si le premier ministre trouve son salaire insuffisant, il doit en débattre et non recevoir une rémunération additionnelle de son parti». De plus, le PQ a demandé que l’entente entre le PLQ et M. Charest soit rendue publique. Michel Rochette, du PLQ, a rétorqué que l’information a été rendue publique, même s’il n’y avait pas obligation de le faire puisqu’il n’y a pas de fonds publics d’engagés. Les détails de l’entente ne seront donc pas dévoilés.

La proposition de M. Gendron de débattre de la pertinence d’augmenter le salaire du premier ministre est un piège tendu par le PQ, puisque les Québécois sont peu portés à vouloir augmenter le salaire de leurs élus. Comme le dit le politicologue Christian Dufour, professeur à l’École nationale d’administration publique, «nous sommes dans une classe moyenne très égalitaire où quelqu’un qui essaie de sortir du rang se fait tirer dessus.(…) Aujourd’hui, les citoyens se comparent avec un premier ministre, on est un peu pingre là-dessus.(…) Politiquement, ce n'est jamais le bon moment d'en discuter».

Au-delà de la partisanerie politique, nous devons réfléchir à l’importance de la tâche de nos élus et particulièrement à celle de premier ministre. Cette fonction comporte des responsabilités énormes où les horaires sont quasi surhumains et les heures de travail interminables. Les moindres gestes sont scrutés à la loupe, la vie familiale est souvent sacrifiée, la critique est impitoyable et le respect de la population est trop souvent absent. Ajoutons à cela la nécessité de se faire réélire si l’on veut conserver son emploi et on comprendra facilement pourquoi moins de personnes intéressantes ont le goût de la politique.

Le secrétaire général du gouvernement et premier fonctionnaire de l’État, Gérard Bibeau, gagne 194 000 $ par an. Le président-directeur général d’Hydro-Québec a un salaire annuel de base de 417 000 $, auquel s’ajoute une prime au rendement maximale de 30 %. (Thierry Vandal a gagné 529 000 $ en 2007). Henri-Paul Rousseau, président de la Caisse de dépôt et placements du Québec, reçoit un salaire de base de quelque 474 000 $ par an, auquel s’ajoutent des primes au rendement. (Il a touché 1,9 M$ en 2006).

D’ici à ce que nous acceptions le fait que nous devrions mieux payer nos élus, les partis politiques devront imiter le PLQ et l’ADQ qui offrent une rémunération additionnelle à leur chef respectif. De meilleurs salaires pour nos politiciens amèneraient possiblement des candidats plus intéressants et plus compétents. Où prendre l’argent pour mieux les payer? En réduisant leur nombre! Entre nous, avons-nous vraiment besoin de 125 députés au Québec?

* (Collaboration spéciale Jean-Claude L'Abbée)

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