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Le manufacturier: un secteur en pleine transformation

Jean-Pascal Lavoie par Jean-Pascal Lavoie
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Article mis en ligne le 2 février 2008 à 14:12
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Le manufacturier: un secteur en pleine transformation
Les mises à pied chez Créations Foam reflètent les transformations que subit le secteur manufacturier québécois. Il sera de plus en plus difficile pour une entreprise de tirer son épingle du jeu si elle ne compte pas sur un produit à haute valeur ajoutée. - (Archives Québec Hebdo)
Le manufacturier: un secteur en pleine transformation
Les récentes mises à pied chez Créations Foam, le fabricant des populaires sandales Crocs, sont un indice que l'avenir du secteur manufacturier québécois dans son ensemble passe obligatoirement par l'innovation et la spécialisation.
Entreprise de l'année en 2007, modèle d'intégration des travailleurs immigrants, 1200 salariés, Créations Foam avait vraiment le vent dans les voiles depuis quelques années. Le rachat de l'entreprise de la rue des Tanneurs en juin 2004 par la compagnie américaine Crocs, qui voulait s'assurer de l'exclusivité des droits sur la résine expansée qui entre dans la fabrication de la sandale, avait littéralement fait d'elle un exemple à suivre.

Évidemment, même si le secteur est en pleine décroissance (les dernières données de Statistiques Canada établissent à 5,4% la diminution des emplois dans la fabrication de janvier 2007 à janvier 2008), l'annonce de la mise à pied de 260 personnes a quand même causé une surprise dans la région.

Si Créations Foam réduit sa main-d'oeuvre de plus de 20%, quelles sont les perspectives pour les autres entreprises du secteur manufacturier?

Sans vouloir s'attarder sur le cas de Créations Foam, Gérard Bélanger, professeur au département d'économique de l'Université Laval, affirme que le secteur manufacturier canadien dans son ensemble est en plein réajustement. Dopé par la faiblesse du dollar canadien et la prospérité américaine, le secteur a emprunté le chemin inverse des autres économies occidentales dans les années 90.

«C'est aberrant qu'entre 1995 et 2002, le secteur manufacturier canadien ait connu une croissance de 22%, alors qu'à peu près partout dans le monde, c'est le contraire qui s'est produit, affirme-t-il. Pendant la même période, aux États-Unis, la décroissance a été de 11,3% et même la Chine a perdu 15,3%.»

La conjugaison de la hausse du dollar, des déboires de l'économie américaine et des effets de la mondialisation ramènerait présentement le secteur à une proportion plus juste de l'économie canadienne.

«La division internationale du travail est en pleine transformation, explique M. Bélanger. Le Canada est davantage une économie du savoir qu'autre chose et évidemment, dans les secteurs où les emplois sont facilement remplaçables par de l'équipement, on voit un transfert de la production vers des endroits où les coûts de main-d'oeuvre sont plus faibles.»

Le secteur manufacturier canadien vit donc une restructuration majeure et forcée. «Ce n'est effectivement pas quelque chose pensé et préparé à l'avance, confirme Paul-Arthur Huot, pdg de Pôle Québec-Chaudière-Appalaches. Dorénavant, l'avenir passe par le manufacturier à haute valeur ajoutée et à haut contenu technologique et nous sommes condamnés à repousser les limites à chaque année, à innover constamment.»

À ce niveau, la région de la Capitale nationale tire plutôt bien son épingle du jeu. «Depuis 2001, il y a eu un accroissement net des emplois manufacturiers», soutient M. Huot qui cite en exemple l'entreprise Exfo. «Il s'agit d'une usine, mais où l'on fabrique des produits à très haute valeur ajoutée. Même chose du côté de Glaxo Smith Kline dans le parc technologique. C'est une fabrique de vaccins, c'est du manufacturier de très haute technologie.»

Même son de cloche du côté de Francine Laurent, nouvelle adjointe au développement économique au cabinet du maire de Québec. «Il faut y croire et j'y crois au secteur manufacturier, car c'est là où la création d'emplois se fait. Mais l'avenir passe par l'innovation et la recherche. C'est pourquoi c'est si important de soutenir la recherche et développement et la création d'entreprises qui en découle», affirme l'ancienne présidente de la société Innovatech.
L'exception à la règle
Si les trois spécialistes s'accordent sur la voie à suivre, ils s'accordent aussi sur le fait qu'il y aura toujours des exceptions à la règle. «Dans le secteur traditionnel, il existe encore de véritables bijoux, des entreprises qui ont relevé le défi de la productivité et de la technologie et qui tirent très bien leur épingle du jeu face à la concurrence internationale», soutient Mme Laurent.
M. Bélanger prend en exemple l'entreprise Louis Garneau de Saint-Augustin. «Il y a des phénomènes d'entrepreneurship, des gens d'affaires qui vont trouver une niche à exploiter et réussir. Ce qui est vrai en théorie pour l'environnement général ne l'est pas nécessairement au cas par cas. C'est pourquoi, on ne peut pas dire qu'il n'y a plus d'avenir pour le manufacturier au Québec. Il sera simplement différent et plus spécialisé.»

«C'est une erreur de confondre macroéconomie et microéconomie, renchérit M. Huot. Le comportement d'une entreprise en particulier ne répond pas nécessairement à la règle générale. Toutefois, pour en revenir à Créations Foam, le mal risque d'être fait. Une fois que la décision de produire ailleurs à moindre coût est prise, c'est rare qu'on revienne là-dessus.»

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