Mme Pineault souhaite par son roman donner de l’espoir à des personnes handicapées et qu’aussi peut-être des biens portants, changeront leur regard sur les personnes handicapées.(Photo Eric Boucher)
Chaise roulante et histoire d’amour
Au-delà de la différence. Entre amitié et passion, dans ce deuxième opus, l’auteure de Lebourgneuf Suzanne Pineault démystifie la réalité d’une personne handicapée qui au rythme des voyages découvrira l’amour.
C’est sur deux pattes que Suzanne Pineault m’ouvre la porte de sa résidence lors de l’entrevue. Pourtant, l’auteure publiait dernièrement un roman tournant sur la réalité et les défis d’une personne en chaise roulante. Mme Pineault n’a même personne dans son entourage vivant cette réalité. «C’est en faisant la vaisselle que j’ai eu l’idée de faire ce roman, évoque-t-elle. Je me suis demandé pourquoi à la télévision, dans les téléromans par exemple, la réalité de ces personnes n’est jamais racontée.»
Son premier roman, une autobiographie de souvenirs d’enfance, Tendres souvenirs à la campagne, explorait des sentiers beaucoup mieux connus de Mme Pineault. Pour sa deuxième œuvre, elle devra faire beaucoup de recherche, se documenter énormément, pour finalement présenter son ébauche à une personne en chaise roulante: Jean-Luc Allard. «Il m’a dit que pour une personne qui ne vivait pas cette réalité, c’était globalement assez surprenant; mais aussi, qu’il y avait des passages où j’étais totalement dans le champ.»
Mme Pineault voulant mieux comprendre la réalité au quotidien d’une personne handicapée emprunte la deuxième chaise roulante de M. Allard. Elle s’est dès lors mise à se promener dans son quartier. Elle a remarqué que souvent les gens qu’elle croisait ne la regardaient pas; ils regardaient la chaise. Elle a entendu les commentaires étouffés: «Ça doit pas être drôle d’être pogné comme ça.» Elle a compris pourquoi les personnes en chaise roulante circulent souvent au centre de la chaussée, ce qui l’agaçait parfois. «Les rues sont en V pour faciliter l’écoulement de l’eau, on ne s’en rend pas compte à pied ou en auto, mais en chaise roulante on dévie toujours vers l’accotement.»
Mme Pineault a rencontré de nombreuses personnes vivant un handicap, chacune avec son histoire et sa façon de le vivre. «Certains ne l’acceptent jamais, constate-t-elle, d’autres y trouvent une nouvelle force. À preuve, cette citation d’une étonnante sérénité: ‘’Nous étions quatre dans l’auto lors de l’accident. C’est probablement mieux que la paralysie me soit arrivée à moi qu’à mon ami. Avec son caractère, il ne serait pas passé au travers…’’»
Après cinq années de travail, elle termine enfin son roman en 2003. Son personnage principal, Marco un architecte français, reconverti à l’enseignement suite à un accident qui le laissera paralysé, se laisse entraîner au gré des voyages, non sans réticences et complications, dans une relation amoureuse avec Andréanne, une Québécoise bien portante. Le livre ne sera publié qu’en 2007. «Ce fut difficile de trouver un éditeur, observe-t-elle, il y a une frénésie pour le fantastique, le suspense. Le roman engagé socialement a moins la cote en ce moment.»
Elle souhaite par son œuvre donner un peu d’espoir à des gens qui se retrouvent limités physiquement dans leur mobilité. «J’ai découvert au cours de mes recherches que tout est possible, le personnage principal malgré son handicap mène une vie trépidante et nous fait rêver au fil de ses nombreux voyages.» Mme Pineault souhaite aussi qu’à la lecture de son roman, des biens portants, peut-être, changeront leur regard sur les personnes handicapées. «Ces gens vivent tous les mêmes émotions que nous», ajoute-t-elle. À côtoyer des personnes handicapées, elle-même a changé son regard. À son nouvel ami Jean Luc, décédé il y a trois ans, elle lançait un après-midi dans sa cuisine, innocemment: «si tu veux du sucre dans ton café, t’as juste à te lever pis en prendre dans l’armoire!» Éclatant de rire, il lui répondit: «tu ne vois plus l’handicap pour dire ça, tu vois seulement la personne devant toi…»
Pour obtenir de l’information ou une copie du roman publié aux Editions Groupe Axone: pfraser@groupe-axone.com ou 930-3444.