Lise Tremblay change de peau
Elle a beau en être à son cinquième roman, avoir été décorée du Prix du Gouverneur général (1999) et du Grand Prix du livre de Montréal (2003), Lise Tremblay est toujours en quête d'un nouveau défi. Son plus récent : se glisser dans la peau d'une jeune fille de 12 ans qui vit au cœur du Québec rural à la fin des années 60.
C'est dans un Québec en pleine effervescence, où les nouvelles valeurs font leur chemin, mais où la tradition s'accroche encore, que l'auteure Lise Tremblay convie ses inconditionnels. Arborant un style à la fois minimaliste et percutant, elle propose, avec La Sœur de Judith, un portrait de l'époque à travers le regard d'un personnage principal qui passera, en l'espace d'un été, de fillette à adolescente.
«Il s'agit d'une période fascinante de notre histoire, explique Mme Tremblay. C'était l'ère des grands bouleversements, alors que la société était en train de craquer. Pendant que les adultes ne savaient plus où donner de la tête, les enfants, eux, tentaient désespérément de survivre.»
La Sœur de Judith, paru aux Éditions du Boréal, transportera le lecteur dans le quotidien d'une jeune fille qui, pour écouler le temps, s'adonne à la lecture et passe ses vendredis soir au parc du quartier à regarder le beau Marius jouer au baseball. Mais il y a aussi Judith, sa meilleure amie, et Claire, la sœur de cette dernière, considérée comme la plus belle fille en ville. Parce qu'elle se maquille, danse et sort avec les garçons, Claire deviendra rapidement un modèle pour celles qui souhaitent s'épanouir, d'autant plus qu'elle tirera son épingle du jeu à l'occasion d'un concours de danse qui pourrait l'amener à effectuer une tournée de spectacles avec Bruce, le chanteur du groupe Les Sultans.
«Pour notre jeune protagoniste, Claire deviendra une véritable idole, indique l'écrivaine. Mais elle sera rapidement ramenée sur terre par sa mère, pour qui le changement est synonyme d'explosion. C'est d'ailleurs très représentatif de l'époque. Les nouvelles tendances faisaient leur apparition et venaient ébranler les colonnes du temple. Du coup, tous étaient appelés à changer. Pour certains, ce fut plus difficile que d'autres.»
Afin de démythifier ces années charnières, l'auteure native de Chicoutimi, lieu où se déroule d'ailleurs l'histoire de son nouvel opus, propose un roman à la fois triste et drôle. Par l'entremise de personnages attachants, elle aborde le thème du passage de l'enfance à l'adolescence en ne laissant rien au hasard. Un résultat qui plaira aux amateurs du genre, de même qu'aux nostalgiques d'une époque pas si lointaine.