Négociations et élections: un instant…
La campagne à la mairie procure l’opportunité aux différents candidats de faire connaître leur vision des négociations des conventions collectives avec les employés de la Ville. Tous affirment vouloir sabrer dans les dépenses de la ville et mettre de l’ordre dans les conventions. Attention, il y a loin de la coupe aux lèvres.
Lorsqu’on négocie un contrat collectif de travail, il faut un rapport de force. Tout candidat doit connaître cette prémisse. Or, dans le cas de la Ville de Québec et de l’ensemble des municipalités québécoises, on remarque un profond déséquilibre entre employeur et syndiqués. En effet, le syndicat, fort de son droit de grève, pourrait éventuellement se servir des activités des Fêtes du 400e anniversaire comme levier pour livrer bataille à la Ville. Or, celle-ci est démunie sur le plan des moyens qu’elle peut déployer pour forcer l’adoption des mesures qu’elle voudra préconiser. Pour contre-balancer le droit de grève des employés, elle ne peut user du droit de lock-out.
En effet, le gouvernement, dans son code du travail de 1964, retirait le droit de grève à tous les syndicats de policiers, pompiers, agents de la paix, constables spéciaux ou gardiens de prison au Québec, évoquant la nécessité d’assurer la paix publique en tout temps. Du coup, comme pour mieux faire passer la pilule, il a retiré aux municipalités le droit de décréter un lock-out, considérant celles-ci comme un service essentiel. Donc, depuis des années les municipalités sont privées de véritables moyens de pression pour accélérer les règlements et remporter les enjeux qu’elles jugent cruciaux. Qui plus est, la perte de ce droit ne s’applique pas qu’aux policiers, mais à l’ensemble des employés municipaux.
La mairesse Boucher avait bien compris la situation. C’est la raison pour laquelle elle insistait pour négocier sur la place publique. L’appel aux citoyens constituant son seul véritable moyen de pression. C’est aussi la raison qui pousse plusieurs des candidats à la mairie à épouser le modèle Boucher dans ces dossiers. Le nouveau maire sera confronté à un autre irritant lorsqu’il se présentera aux tables de négociations. Il est à prévoir, comme je l’ai déjà écrit, que les négociateurs syndicaux invoqueront le peu de légitimité d’un maire qui sera vraisemblablement élu par moins de 20 % de l’électorat municipal. Voilà une autre raison qui poussera le prochain maire à négocier en public et ainsi provoquer les syndicats.
Il est par ailleurs évident que les festivités du 400e pourraient servir les objectifs syndicaux, si elles devaient être prises en otages par différentes manifestations syndicales. Négocier dans un tel contexte laisse peu de marge de manœuvre à un maire, qui sera à la fois préoccupé par l’obligation de rationaliser les dépenses et les engagements de sa Ville par apport à ses employés, et par le désir de présenter la plus belle image possible de Québec à la face des milliers de visiteurs qui séjourneront chez nous et dans les médias du monde.
Dans ce contexte peu engageant, le sens civique des élus et des employés municipaux et de leurs syndicats doit primer. Pourquoi ne pas envisager le prolongement de la convention collective jusqu’en 2009 et recevoir la visite en paix. En phase de réorientation de son produit et pendant que son compétiteur se livrait à un exercice semblable, les employés du Journal de Québec ont accepté une proposition en ce sens de leur patron Jean-Claude L’Abbé. C’est tout à leur honneur. Un tel moratoire à Québec permettrait aux syndiqués de gagner en notoriété et au nouveau maire de bien maîtriser ses dossiers avant de se lancer dans d’interminables rondes de négociations à l’aveuglette.
À tout événement, il n’est pas rare que ce type de négos s’étire sur plusieurs années. L’effet des nouvelles conditions de travail étant souvent rétroactif, les syndiqués n’ont rien à perdre à user de gros bon sens. Bien au contraire, car sur la Colline parlementaire la rumeur se fait plus forte à l’effet que le gouvernement songe à lever l’interdit de lock-out pour les municipalités, sous réserve des dispositions concernant les services essentiels. On raconte aussi que si un conflit devait éclater en pleines festivités du 400e, le gouvernement interviendrait rapidement avec une loi spéciale pour forcer un retour au travail et le décret de nouvelles conditions de travail.
Or, une convention négociée et/ou une entente de transition prévoyant un règlement rapide de certaines clauses litigieuses et le report des grands enjeux est toujours plus profitable aux parties que l’imposition d’un décret. En 2008, Québec devrait se consacrer à bien recevoir la visite. Il sera toujours temps de laver notre linge sale en famille par la suite.