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Quel avenir pour nos entreprises des TI?

Jean-Pascal Lavoie par Jean-Pascal Lavoie
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Article mis en ligne le 12 novembre 2007 à 7:42
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Quel avenir pour nos entreprises des TI?
Benoît Montreuil veut bousculer et stimuler nos entreprises de TI à passer à l'action et tirer profit de la nouvelle économie.- (Photo Jean Pascal Lavoie)
Quel avenir pour nos entreprises des TI?
La nouvelle réalité économique mondiale a une influence profonde sur l'industrie des technologies de l'information. Elle pose des défis de taille à nos entreprises, mais, selon Benoît Montreuil, professeur à l'Université Laval et chercheur de renommée mondiale, elles ont tout ce qu'il faut pour tirer leur épingle du jeu.
«Moi, je ne pleure pas sur la force du dollar canadien, lance Benoît Montreuil aux nombreux acteurs du monde informatique venus entendre sa conférence lors de la Journée de l'informatique. On va enfin arrêter de se battre comme un pays en voie de développement. On va se battre parce qu'on est bon, pas parce que notre dollar est faible.»

La force du dollar met effectivement en exergue l'une des facettes de la nouvelle réalité économique: sa compétitivité. «En raison de l'impartition vers les pays asiatiques, l'offre excède la demande en informatique, souligne M. Montreuil. Toutefois, cette offre de services et de produits est bien souvent mal adaptée aux besoins évolutifs des clients.»

Si nos entreprises ne peuvent se battre sur les prix, elles doivent le faire à d'autres niveaux. «Les pays à faible rémunération brisent les prix. Devons-nous pleurer tous ensemble? Cette concurrence est là pour rester. Nous devons donc viser des attentes du client qui vont au-delà du prix.»

Et, comment offrir au client cette valeur ajoutée qu'il ne pourra trouver ailleurs? «En faisant de l'innovation un processus clé de l'entreprise, répond M. Montreuil. En s'assurant de fournir un produit qui créera un changement fondamental chez notre client, qui le fera prospérer. Si on fait juste s'occuper de ses serveurs, il va finir par nous laisser tomber pour un fournisseur moins coûteux ailleurs.»

Dans cette économie globale, compétitive, turbulente et digitale, M. Montreuil est pourtant convaincu que nos entreprises peuvent avoir beaucoup de succès. D'évoluer dans la cour arrière du géant américain a forgé chez nous des habiletés essentielles à cette nouvelle réalité. «L'économie change terriblement vite, ce qui fait naître une nouvelle génération d'entreprises à l'aise dans cette turbulence, explique-t-il. Nous n'avons jamais été un gros joueur aux côtés des États-Unis et nos entreprises sont habituées à l'agilité et la résilience.»
Penser à rebours
La course à l'innovation comporte toutefois un risque contre lequel le chercheur met en garde les entreprises informatiques. «C'est facile de tomber dans le piège de l'innovation technologique déconnectée du marché, le trip techno, en particulier dans les TI. Pourtant, même si vous avez investi des millions dans un projet, si les clients n'en veulent pas de votre innovation, elle ne vaut strictement rien.»
Pour éviter ce piège, M. Montreuil suggère d'aller plus loin que la simple demande du client. «Il faut connaître en profondeur le marché et les besoins des clients. Il faut se glisser dans la peau du client, penser à rebours pour identifier ses besoins. Évidemment, pour réussir, il faut une équipe de direction qui a de la vision et du leadership et qui embarque totalement dans ça.»

Quels pourraient être ces besoins non formulés, ces occasions à saisir? Le même jour où Benoît Montreuil prononçait sa conférence, le réputé chroniqueur du New York Times, Thomas L. Friedman, prédisait que les transformations qu'allaient entreprendre les multinationales pour devenir plus efficaces énergétiquement étaient la prochaine grande opportunité à saisir pour les compagnies informatiques. L'industrie indienne de l'impartition se préparerait déjà, de la même façon qu'avec le bogue de l'an 2000, à répondre à la demande.

La clé du succès, écrit Friedman, sera de montrer aux grandes entreprises comment ces transformations peuvent devenir non seulement un coût, mais aussi un mouvement stratégique qui peut leur donner un avantage sur la compétition.

Si, comme l'explique M. Montreuil, nos entreprises ne peuvent rivaliser sur les coûts, comment peuvent-elles prendre une part de ce marché? Friedman signale qu'IBM s'intéresserait déjà à ce marché, car même si les compagnies d'impartition indiennes peuvent fournir les programmeurs à coût imbattable, il y a encore plus d'argent à faire en offrant des solutions sur mesure aux clients. Bref, en étant le chef d'orchestre plutôt que le musicien.

Pour tirer profit de la nouvelle économie mondiale, «il faut passer de l'ère de l'artisan alchimiste à l'ère de l'assembleur, du grand architecte et du facilitateur», affirme justement Benoît Montreuil.

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