Bruno Poulain, coordonnateur en emploi de la force à l'École nationale de police du Québec, à Nicolet, donne une explication du fonctionnement du Taser et en fait une démonstration. (Photos gracieuseté Le Courrier Sud)
Le pistolet électrique Taser toujours utilisé
Malgré trois morts récentes, le gouvernement rejette un moratoire
Le ministère de la Sécurité publique considère toujours que le Taser, ce pistolet électrique dont certains policiers se servent pour immobiliser des personnes agitées, a toujours sa place dans au Québec.
Malgré trois morts récentes au pays -dont la dernière à Québec il y a quelques jours- à la suite de l'utilisation de ce dispositif à impulsion électrique, le ministère s'est refusé récemment à considérer un moratoire sur son utilisation en attendant le dépôt d'un rapport commandé au sous-comité consultatif permanent en emploi de la force. Ce comité, qui a le mandat d'étudier les effets de l'utilisation du Taser sous l'angle médical, opérationnel, de la gestion et de la formation, présentera d'ici décembre des recommandations pour mieux encadrer la pratique policière visant l'utilisation du dispositif.
«Il est cependant important de souligner que le Taser n'est pas utilisé par tous les policiers du Québec. Actuellement, neuf corps de police possèdent le Taser. Ce sont généralement des unités d'intervention spéciales, des groupes d'intervention tactique, des superviseurs de patrouille ou des policiers responsables de la détention policière qui utilisent ce dispositif et qui ont reçu la formation s'y rattachant», a déclaré Robert Lafrenière, sous-ministre associé responsable des affaires policières.
Expliquant que l'utilisation du pistolet électrique était déjà encadrée par un rapport technique produit en 2005, Ronald Bélanger, expert-conseil en emploi de la force de l'École nationale de police du Québec à Nicolet, a fait valoir que l'utilisation du Taser n'était pas sans risques, mais que ceux-ci étaient considérés jusqu'à maintenant comme moindres par rapport à d'autres méthodes.
«Il faut admettre qu'à certaines occasions les policiers auront à utiliser la force. Les autres techniques d'intervention physique, comme les prises de cou ou les immobilisations, ont aussi leurs limites et leurs risques, qui ont déjà été soulevés et examinés», a expliqué M. Bélanger. Il s'est dit convaincu que l'utilisation du pistolet, qui libère une décharge de 50 000 volts mais possède une faible fréquence de 2.1 milliampères, avait aidé à épargner des blessures et à sauver des vies.
«C'est l'ampérage qui est important. C'est lui qui peut causer des blessures, voire provoquer de l'arythmie», a souligné le Dr René Blais, directeur médical du Centre antipoison du Québec.
L'opposition déçue
Pour la critique de l’opposition officielle en matière de sécurité publique, la députée adéquiste Sylvie Roy, la présente initiative constitue davantage une campagne de relations publiques qu'une réelle politique claire d'utilisation du pistolet électrique Taser. «Nous n’avons rien appris, dit-elle, si ce n’est qu’un comité siège depuis deux ans afin de travailler sur le dossier.» Elle dénonce donc l’absence de leadership au ministère de la Sécurité publique.
Quelques chiffres
● Le Taser libère 50 000 volts à une fréquence de 2.1 milliampères.
● En comparaison, une prise domestique peut donner une décharge de 110 volts mais à environ 16 ampères, soit 60 hertz.
● Un choc d'électricité statique peut développer 30 000 volts mais ne cause pas de dommages physiques à cause de son très faible ampérage.
● Calculé en énergie, le Taser libère 3 joules. Un défibrillateur cardiaque peut dépasser 300 joules.
* (Collaboration spéciale Annabelle Laberge)