Éric Lafrance a un père adoptif qu'il admire et un avenir rempli de promesses.
«Mon père est un curé!» - Éric Lafrance
La semaine dernière, je vous faisais part de ma rencontre avec le père Lafrance. Cette entrevue, comme je m’y attendais, a soulevé beaucoup d’intérêt auprès de vous lecteurs(trices) de Québec Hebdo. Alors, cette semaine, tel que promis, je vous présente Éric, le fils du père Lafrance.
Québec Hebdo - Éric, ton père est un curé! Comment vis-tu avec ça?
Éric Lafrance - «Pour moi, c’est comme n’importe quel autre père qui serait un plombier, un pompier ou peu importe. Ça ne me dérange pas. Pour moi, il fait un travail comme un autre. D’accord, c’est un peu spécial, mais je vis bien avec ça et ça fait mon affaire.»
QH - Comment réagit ton entourage, tes copains et copines?
EL - «La plupart sont au courant et trouvent ça bien correct, bien cool. Mes amis n’ont aucun problème avec ça non plus.»
QH - Raconte-nous dans quelles circonstances es-tu arrivé ici à la Maison des jeunes du père Lafrance?
EL - «Il y a quelques années, j’étais dans un centre d’accueil plus souvent qu’à mon tour. On me retournait chez ma mère, mais ça n’allait vraiment pas bien. Je ne me sentais pas heureux. J’ai pris de la drogue à l'âge de 15 ans et je ne pouvais vraiment pas vivre chez ma mère. Je finissais toujours par être remis dans un centre d’accueil. C’est à ce moment que le père Lafrance, qui travaillait au centre d’accueil, m’a proposé de venir vivre ici avec d’autres jeunes. Ça a été bénéfique pour moi et j’y suis resté.»
QH - Tu parles de ta mère, mais tu ne parles pas de ton père, pourquoi?
EL - «Je ne l’ai pas connu et, dans ma tête à moi, il est mort! Donc, je n’ai jamais eu de père quand j’étais jeune. Plus tard, quand j’ai eu des problèmes, le père Lafrance était là lui. Il m’a soutenu quand c’était difficile et il était là quand ça allait mieux aussi. J’avais trouvé un homme à qui je pouvais parler, à qui je pouvais me confier. J’avais trouvé un père. Il a de belles valeurs. Même quand ça ne va pas et qu’on se chicane un peu, on réussit toujours à discuter et à se comprendre.»
QH - Pourquoi lui avoir demandé de t’adopter ?
EL - «Après un an et demi à vivre sous le même toit, partageant nos bons et mauvais coups, j’ai compris que j’avais besoin d’un père et c’est d’un homme comme lui dont j’avais besoin. Je voulais le présenter à mes amis, à ma blonde, à ma mère comme MON père. Que ce soit officialisé et que tout le monde le sache.»
QH - Justement, comment ta mère a-t-elle réagi?
EL - «Elle a bien compris et a été tout de suite d’accord. Je pense que le fait qu’elle n’a pas non plus eu de père a joué pour beaucoup. Elle me trouve même chanceux de pouvoir "choisir" mon père. Elle l’a donc bien pris.»
QH - Tu as des frères et sœurs, comment vivent-ils cette situation?
EL - «Pour eux, c’est différent. Ils ont leur père à eux, même si ma mère est séparée de lui. Ce n’est pas le même père biologique que moi. Eux, ils considèrent le père Lafrance comme leur oncle. Ça ne cause vraiment pas de problème.»
QH - Est-ce que tu es toujours aux études?
EL - «Oui, et je terminerai bientôt mon secondaire. Je ne suis pas encore décidé sur ce que je vais faire plus tard. Mais, je pense faire carrière dans l’immobilier. Je voudrais un jour fonder une famille, avoir ma maison, mon auto. Chose sûre et certaine, je ne ferai pas ce que je n’ai pas aimé quand j’étais jeune. Moi, je vais m’en occuper de mes enfants!»
QH - Quel message adresserais-tu aux jeunes qui connaissent des difficultés comme toi tu as vécu?
EL - «Je dirais une phrase simple et qu’on entend souvent: quand on veut, on peut. Si on veut vraiment s’en sortir, il y a toujours une solution. On est chauffeur de son propre bus. On peut réussir tellement de choses; il suffit de vouloir. Ça prend du courage et de la volonté, mais il y a toujours une lumière au bout du tunnel. Moi, je le sais. J’ai vécu des moments difficiles, mais aujourd’hui j’ai une vie meilleure.»
QH - Tu as une anecdote à nous raconter, quelle est-elle?
EL - «L’an dernier, à Noël, à la messe de minuit, l’ambiance dans l’église était assez ordinaire. Dehors, il n’y avait pas de neige et on ne se sentait pas vraiment dans le temps des fêtes. Le père Lafrance célébrait la messe. Il sentait aussi ce manque de chaleur et d’esprit de Noël. Il s’est arrêté et a demandé à tout le monde de se lever pour qu’on chante tous ensemble des cantiques de Noël. Ça a été magique. Tout le monde a embarqué et ce fut vraiment une belle messe de minuit. Quand je suis sorti sur le perron de l’église, j’étais tellement fier de MON père!»
QH - Éric a maintenant 19 ans et semble un jeune homme tout à fait équilibré. J’ai remarqué chez lui de belles valeurs, une admiration pour son père adoptif et un désir indéniable de réussir sa vie. Ce que je lui souhaite sincèrement.
* (Collaboration spéciale Jean-Marc Pageau)