Le père Jean Lafrance, un homme de coeur fort dévoué pour les jeunes.
Jean Lafrance: père dans tous les sens du terme
En circulant sur la rue Châteauguay à Québec, vous ne pouvez manquer la Maison des jeunes de l’abbé Jean Lafrance, dans l’ancien presbytère de la paroisse Saint-Joseph. La semaine dernière, je m’y suis arrêté et j’ai rencontré celui que les jeunes surnomment affectueusement «le père Lafrance ». Quel homme! Voici un bref compte-rendu.
Comment décririez-vous votre cheminement personnel?
Jean Lafrance - «Je suis un bonhomme de 60 ans issu du milieu ouvrier dans Saint-Jean-Baptiste à Québec. Jeune, j’ai fait du scoutisme et du patro. J’ai laissé mes études à quelques reprises et, sur le tard, je suis devenu prêtre, au grand désarroi de mon entourage. Je me souviendrai toujours de ma visite chez mon coiffeur la journée de mon ordination. Celui-ci me demande si j’ai une grosse journée en perspective. Je lui réponds oui et surtout une grosse soirée, car je serai ordonné prêtre. Sa réaction fut de dire: si toi tu es ordonné prêtre, ben moi, je deviens Pape! Et j’ai répliqué: mon vieux prépare toi, car c’est bien ce soir mon ordination.»
QH - Mais à quel âge êtes-vous devenu prêtre?
JL - «À 30 ans. Je n’en ai parlé à personne avant le jour de mon ordination. Je voulais être libre de mes choix. Même mes parents l’ont appris deux ans après le début de mes études en théologie. J’ai par la suite été vicaire à Saint-Mathieu, aux Saules et en sabbatique. Mon évêque m’a déjà demandé à quelle université j’étudiais et j'avais répondu: à l’université de la vie! Je suis revenu dans le diocèse quatre ans plus tard après un séjour chez les Oblats. Je me suis souvent remis en question. Un jour, j’ai contacté mon évêque pour lui annoncer que je quittais la paroisse sans savoir où j’allais. Je lui ai dit: s’il est vrai que le Bon Dieu s’occupe des petits oiseaux, il va sûrement s'occuper d'un gros moineau comme moi! Trois mois plus tard, après un séjour au centre Tilly, je devenais l’aumônier des Centres jeunesse de Québec. De là sont nés les Maisons de jeunes, le Magasin partage, les Oeuvres du père Lafrance et bien d’autres projets. J’ai compris réellement le sens de mon sacerdoce. Les jeunes m’ont amené à me dépasser.»
QH - Qu’est-ce que les Oeuvres du père Lafrance?
JL - «Ouf, c’est tout un cheminement! Le tout a commencé avec le magasin de guenilles que j’avais ouvert sur la rue Dupont à Québec. Je passais mes nuits à démêler le linge et le mettre sur les tablettes afin que le jour suivant les bénévoles puissent venir en aide aux gens défavorisés. Ça n’avait simplement pas de bon sens, je ne pouvais continuer à ce rythme. Quelque temps plus tard, je me suis donc retrouvé au centre Tilly. Je me suis vite rendu compte que les jeunes qui sortaient du centre y revenaient presque systématiquement. Ils n’avaient pas d’autres places où aller.»
QH - Est-ce à ce moment que vous avez fondé la Maison des jeunes?
JL - «Justement, encore là c’est toute une histoire. Un jour, je vois une pancarte annonçant un presbytère à vendre. J’ai eu un flash . Je me suis dit: voilà ma maison! Sans hésiter, j’entre et je demande à un confrère prêtre le prix du bâtiment. C’était déraisonnable. Mais j’y suis retourné avec un ami bien placé et on a négocié. Ça a marché et depuis ce temps, on a travaillé fort avec les jeunes pour retaper cette maison de fond en comble. Aujourd’hui, comme depuis le début d’ailleurs, la maison est toujours pleine.»
QH - Cette maison n’est-elle qu’une partie de vos Oeuvres?
JL - «En effet, il y a aussi le Magasin partage, qui nourrit quelque 2 000 familles durant le temps des fêtes. Les Oeuvres regroupent aussi trois maisons pour les jeunes. Il y a la maison pour les moins de 18 ans, la maison des filles, sous l’égide de la Fondation des centres jeunesse du Québec et, bien sûr, notre ancien presbytère ici sur la rue Châteauguay.»
QH - Combien de jeunes avez-vous aidés jusqu’à maintenant?
JL - «Juste à la maison ici il est passé plus de 400 garçons et presque autant dans les deux autres maisons. Sans oublier les cas à part où nous intervenons directement au domicile du jeune.»
QH - Qui est votre clientèle?
JL - «On accepte les jeunes qui sont passés par les centres jeunesse. Ceux que nous aidons sont des jeunes qui veulent s’en sortir. Nous les amenons à se prendre en main et les soutenons dans un projet de vie. Je ne crois pas qu’un jeune retourné directement dans son milieu puisse s’en sortir. Ça prend autre chose. Ici, on offre une vie de groupe, de la discipline, du sport et des projets stimulants. On aide aussi à terminer les études.»
QH - Comment vous, prêtre, avez pu adopter un garçon au Québec?
JL - «Par le même processus que tout le monde peut le faire. Ça m’est arrivé un soir, il y a maintenant trois ans. Le jeune Éric est venu me voir à mon bureau et d’une manière un peu gauche, sans trop savoir comment me le demander, il m’a tout bonnement dit: père Lafrance, je veux que tu m’adoptes! Je n'en croyais pas mes oreilles. Je lui ai demandé si sa mère était au courant de cette demande et il m’a répondu dans l’affirmative. Ça m’a bouleversé. J’y ai beaucoup réfléchi et j’ai accepté de rencontrer sa mère. C’est après cette rencontre et plusieurs conversations avec Éric que j’ai entrepris les démarches. Je n’ai jamais demandé la permission à personne, pas même à mon évêque. Nous avons franchi toutes les étapes et tout s’est réglé. À la fin du processus, le juge m’a simplement dit: là, monsieur, vous êtes père dans tous les sens du mot.»
QH - Voilà maintenant trois ans que le père Lafrance a un fils. Un geste merveilleux, qui nous indique bien à quel degré élevé sont la force de caractère et le courage d’un homme qui consacre sa vie au bien-être des jeunes en difficultés. La semaine prochaine, je vous présenterai son fils Éric.
* (Collaboration spéciale Jean-Marc Pageau)
Joëlle CREQUER
Commentaire mis en ligne le 4 juillet 2009Educatrice spécialisée à l'ITEP de Baron/Odon en Normandie...travaillant sur un projet d'échange, je voudrais dire toute mon admiration à Jean Lafrance et tous ceux qui encadrent ces jeunes en difficukté...J'espère donc bientôt vous croiser..