Gilles Tremblay tient à la protection et à la sauvegarde des espaces verts du Québec.
Gilles Tremblay: défenseur des grands espaces et du plein air
Natif d’Alma au Lac-Saint-Jean, Gilles Tremblay débarque à Québec à 13 ans. À peine trois ans plus tard, il agit comme guide dans le parc des Laurentides et à 21 ans il devient gérant du parc de la Jacques-Cartier. Après plusieurs expériences en affaires, il se retrouve directeur général du camp de vacances La Vigie au lac Saint-Joseph, et ce, durant sept ans. Mais c’est en 1986 qu’il rencontre Paul Houde, du Groupe Voyage Québec, avec qui il s’associe dans l’opération de la Seigneurie du Triton, une auberge forestière dotée d’un immense et magnifique territoire de chasse et pêche dans la Mauricie tout près de La Tuque. Un cheminement qui mérite notre attention.
Québec Hebdo: -Votre vécu a certes influencé voire orienté votre carrière?
Gilles Tremblay: -«Depuis ma tendre enfance, je savais que j’étais un gars fait pour vivre dans la nature. J’ai réalisé beaucoup de choses dans ma vie, mais je suis toujours revenu vers la nature, les grands espaces. Et, ce qui est extraordinaire, c’est qu’aujourd’hui je le vis avec toute ma famille.»
QH: -C'est sans doute ce qui vous a poussé à devenir propriétaire du Triton?
GT: -«C’est en 2003 que j’ai acquis entièrement le Triton et depuis, avec ma femme et mes enfants, l'affaire a pris de l’ampleur. Nous avons acquis le village Innusit juste à côté du Triton. L'endroit propose un univers complètement dépaysant dans un style d’hébergement plus que millénaire, tout en s’imprégnant de la culture autochtone. Nous opérons également un autre site exceptionnel à la Baie Johan Beetz à 66 km au nord d'Havre-Saint-Pierre. La maison de cette pourvoirie fait partie du patrimoine local depuis 1897 et est classée monument historique. C’est une sorte de complément pour notre offre. On y retrouve les cinq salmonidés du Québec et une relation privilégiée avec l’histoire.»
QH: -Ça n’a pas toujours été facile. Ces dernières années spécialement vous avez dû vous défendre dans le dossier des aires protégées. Qu’en est-il exactement?
GT: -«C’est choquant et frustrant. Imaginez, je paie un bail au gouvernement pour un droit de pêche et de chasse, sauf que les compagnies forestières peuvent rentrer ici n’importe quand, abattre des arbres et faire des chemins gravelés. C’est contre ça que je me bats. Je pense sincèrement qu’il y a quelqu’un quelque part qui n’a rien compris et on laisse détruire notre patrimoine forestier. Tout ce que je veux c’est que les gens admettent qu’il faut se garder des petites bulles intactes pour pouvoir respirer, que nos générations futures puissent elles aussi jouir de ces territoires uniques au monde.»
QH: -Le gouvernement du Québec ne vient-il pas justement de reconnaître votre territoire comme aire protégée?
GT: -«Oui, nous avons effectivement gagné une bataille, mais pas la guerre. Nous sommes en effet déclarés aire protégée, mais seulement pour une durée de quatre ans. Il y a une série d’études et de consultations encore à faire et l’avenir demeure incertain. Les compagnies forestières sont toujours à l'affût.»
QH: -Mais l’industrie forestière a aussi sa part de problèmes?
GT: -«On dit que ça va mal chez les forestières, mais ce n’est sûrement pas à cause d’un manque d’arbres. C’est plutôt dû à leurs coûts d’opération, de main-d’œuvre et d’approvisionnement. De nos jours, dans ce secteur, la machine remplace l’homme. On ne crée plus d’emploi. Imaginez qu’un seul homme et une machine peuvent abattre plus de 2 000 arbres dans une seule journée. Savez-vous que plus de 97 % du potentiel forestier au Québec appartient à l’État et est donné en droit de coupe à des forestières. C’est pour cela qu’il nous faut plus d’aires protégées.»
QH: -Vous n’êtes donc pas satisfait des efforts actuels du gouvernement?
GT: -«Le Canada s’est engagé pour sa part à protéger 12 % de son territoire. Au Québec on considère que c'est exagéré et on consent à protéger seulement 8 % du territoire. Probablement, parce qu’on a déjà cédé trop de droits de coupe aux multinationales de la forêt. Dans d’autres pays comme la France, l’Allemagne et même nos voisins américains, on protège déjà plus de 25 % du territoire.
QH: -Gardez-vous espoir dans ce dossier?
GT: -«Oui, il y’ a de l’espoir. Mais, il ne faut pas lâcher et on ne lâchera pas. Vous savez, nous sommes une PME de 32 emplois permanents et saisonniers, qui investit plus de 750 000 $ chez les fournisseurs locaux. Tous nos profits sont réinvestis ici. En plus, nous apportons de l’argent neuf au Québec. Par-dessus tout, nous contribuons à faire découvrir le Québec, son territoire et son histoire. Ici, on marche dans les mêmes sentiers qu’ont foulés les Roosevelt, Churchill, Adams, Colgate ou Pullman.»
* (Collaboration spéciale Jean-Marc Pageau)