Même après 25 ans de carrière, Chrystine Brouillet vit toujours une période d'angoisse lorsqu'elle propose un manuscrit à un éditeur. (Photo Frédérick Masson)
L'enquêteur Frédéric Fontaine reprend du service
Chrystine Brouillet lance Zone grise
Montréal, 1982. La métropole est ébranlée par une série d'enlèvements étranges, alors que des hommes et des femmes sont kidnappés puis abandonnés, inconscients, mais indemnes. Chaque fois, à côté d'eux, une pile de vieilles chaussures.
C'est sur cette toile de fond que s'ouvre le tout nouveau Chrystine Brouillet, une œuvre à l'intrigue complexe qui permettra aux inconditionnels de l'auteure de retrouver l'enquêteur Frédéric Fontaine, dont la première apparition remonte à 2005 dans le roman Rouge secret. Accompagné de sa femme Irène, avec qui il est maintenant installé à Montréal, l'agent se retrouve au cœur d'un mystère ficelé autour du thème du secret. S'amorce alors une enquête aux rebondissements à la fois nombreux et inattendus, qui feront de Zone grise l'amant ou la maitresse de plusieurs au moment d'aller au lit.
Voguant allègrement entre le bien et le mal, par l'entremise de la vérité et du mensonge, le Brouillet «cuvée 2007» mise sur la torture de la conscience pour conquérir le cœur des lecteurs.
«Pour un auteur, le secret est très porteur. Il permet d'entrer dans des univers particuliers, tout en laissant libre cours au développement psychologique des personnages. Ces derniers deviennent alors des êtres à part entière avec un physique, mais aussi une âme», explique Chrystine Brouillet.
Dans Zone grise, c'est avec un plaisir à peine caché que l'artiste de la plume (ou plutôt du clavier!) a renoué avec un de ses héros du passé. «J'ai adoré faire revivre Frédéric, lance-t-elle sans aucune retenue. Il s'agit d'un être intéressant à développer et comme les bases de sa personnalité étaient déjà fondées, tout s'est fait avec une certaine facilité. J'ai ainsi pu concentrer mes énergies sur l'intrigue.»
Mais attention, il ne s'agit pas d'une suite. «Chacun de mes romans a un début et une fin. Mes histoires sont bouclées, de sorte que le lecteur qui n'a pas lu Rouge secret ne sera pas dans le néant en s'aventurant dans Zone grise.»
25 ans de carrière!
Sans faire de bruit, la parution de Zone grise coïncide avec le 25e anniversaire «d'écriture» de Chrystine Brouillet. C'est en effet en 1982 que l'auteure originaire de Loretteville, qui se considère toujours comme une fille de Québec, publiait son premier opus intitulé Chère voisine. Un quart de siècle sous les projecteurs qui est loin de lui apporter la grosse tête.
«Je suis toujours aussi insécure, indique-t-elle dans un éclat de rire. À chaque fois que je soumets un manuscrit à un éditeur, j'entre dans une période d'angoisse très intense où le doute occupe toute la place. Il me faut alors me recentrer sur le plus important, soit le plaisir que m'apporte l'écriture.»
D'avouer la principale intéressée, c'est le travail qui fait foi de tout. «Pour l'écriture, c'est comme dans toutes choses : il faut faire ses devoirs. C'est 80 % de travail, 10 % de talent et 10 % de chance. Ma chance, je l'ai eu dès mes débuts puisque j'étais pratiquement la seule à me lancer dans la rédaction de romans policiers.»
Si elle a résisté à toutes ces années, c'est d'abord et avant tout parce que Chrystine Brouillet est demeurée fidèle à elle-même. Aujourd'hui installée à Montréal, après un séjour de 12 ans à Paris, elle se dit chanceuse de pouvoir vivre de son métier et entend pratiquer ce dernier jusqu'à la fin de ses jours. Mais si le destin en veut autrement, elle a un plan B.
«J'ouvrirai un restaurant et je renouerai avec ces années où j'étais serveuse au Temporel, ici même dans le Vieux-Québec. C'est une période de ma vie au cours de laquelle j'ai eu énormément de plaisir et je ne l'oublierai jamais», conclut-elle.