WINNIPEG - Les militants conservateurs ont débattu à huis clos vendredi à Winnipeg de dizaines de résolutions présentées par toutes les circonscriptions du pays et dont certaines portent sur des sujets très controversés comme les droits du foetus et la justice criminelle.
Les médias ont été tenus à l'écart des délibérations. Les organisateurs du congrès avaient en effet bien pris soin de limiter au maximum les contacts entre les quelque 2000 délégués et les journalistes, en limitant l'accès aux couloirs longeant les salles réservées aux ateliers.
La seule façon de savoir ce qui se passait derrière les portes closes consistait à intercepter au vol les rares militants qui passaient à proximité de la salle de presse, ou à se fier aux quelques ministres envoyés en service commandé auprès des médias.
Un porte-parole du premier ministre a expliqué que l'objectif était de permettre de bons échanges entre les militants.
Stephen Harper a refusé de s'en mêler. Vendredi matin, il a expliqué qu'il souhaitait laisser les délégués "faire leur travail". Il a précisé que les règles avaient été établies par les dirigeants du parti. "Ils ont le droit de prendre des décisions qui sont dans leurs intérêts", a-t-il fait valoir.
Les libéraux ne se sont pas gênés pour critiquer cette façon de faire, qu'ils considèrent comme antidémocratique et peu transparente. La députée montréalaise Marlene Jennings, qui assiste au congrès comme observatrice, croit que les dirigeants conservateurs imposent le silence à leurs militants parce qu'ils ont honte de leurs politiques.
Mme Jennings a souligné que le silence radio risquait de frustrer les militants conservateurs qui n'ont pas pu se déplacer pour le congrès et qui sont tenus dans l'ignorance.
Même s'ils disent accorder de l'importance aux idées de "la base", le premier ministre et les membres de son cabinet ont clairement laissé savoir qu'ils ne se sentiraient pas liés par les résolutions adoptées par le parquet et qu'ils donneraient priorité à la plateforme dévoilée lors de la dernière campagne électorale.
M. Harper a quitté le congrès en matinée pour se rendre à Washington où l'attendent le président américain et les dirigeants des autres pays du G20 pour une réunion sur la crise économique mondiale.
Les discussions sur les orientations politiques du Parti conservateur se sont poursuivies toute la journée. Les informations glanées au hasard des rencontres ont permis d'apprendre qu'une résolution demandant des peines plus sévères pour les criminels blessant ou causant la mort d'un foetus en attaquant sa mère a été adoptée en comité.
La proposition soumise par une circonscription de la Saskatchewan sera discutée en assemblée plénière, samedi. Le débat devrait normalement être ouvert aux médias.
Un projet de loi privé sur le même thème a fait couler beaucoup d'encre le printemps dernier, quand il a été adopté en deuxième lecture grâce à l'appui d'une majorité de conservateurs et d'une vingtaine de libéraux.
Le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon avait été l'un des seuls membres de son parti à se prononcer contre. Il n'a pas changé d'avis, mais soutient que le débat est sain. "C'est une des choses qui fait partie de la caractéristique de notre formation politique, d'être capable de s'exprimer sur des sujets à caractère social", a-t-il fait valoir.
Une résolution exigeant qu'on limite à dix ans le mandat des juges de la Cour suprême a toutefois été rejetée, tout comme une autre visant à modifier les règles de participation aux prochains congrès.
Cette résolution aurait accordé plus d'influence aux circonscriptions abritant plus de militants conservateurs qu'à celles où le nombre de membres est plus faible.
Cela aurait eu pour effet de favoriser les comtés de l'Ouest, où les conservateurs sont bien enracinés, et de désavantager des régions comme le Québec où la base du parti est encore fragile. Une proposition semblable avait été défaite en 2005 après un long débat.
On ne s'attend pas à ce que le congrès de cette année fasse beaucoup de remous chez les conservateurs, qui viennent de remporter une deuxième victoire électorale consécutive.
Jusqu'à maintenant, l'événement à grand déploiement a surtout donné au parti l'occasion de célébrer ses succès et de faire un bilan, cinq ans après sa création par la fusion de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste conservateur.
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