OTTAWA - La prédominance politique du Parti conservateur du Canada passe par l'étranglement financier des partis adverses.
Voilà un des éléments clés de la pensée de Tom Flanagan, maître à penser du mouvement conservateur canadien et mentor du premier ministre Stephen Harper.
Et cet élément semble s'être concrétisé, jeudi, avec la mise à jour économique déposée par le gouvernement de M. Harper. Le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, a annoncé la fin des subventions aux partis politiques.
M. Flanagan, professeur à l'université de Calgary, a comparé les actuelles batailles entre conservateurs et libéraux à celles qui ont opposé Rome et Carthage au deuxième siècle avant notre ère. Les guerres puniques s'étaient soldées par la destruction de Carthage.
Tom Flanagan écrit qu'au terme du troisième conflit, les Romains avaient rasé Carthage et qu'ils avaient semé du sel dans les champs pour que plus jamais rien n'y pousse à nouveau.
M. Flanagan termine sa démonstration en affirmant que les libéraux, s'ils ne sont pas prudents, pourraient bien être poussés dans un gouffre financier dont ils ne pourront jamais sortir.
Le cours des événements des prochaines semaines permettra de déterminer si saler les champs des partis de l'opposition est réellement l'objectif des conservateurs.
Mais pour Ned Franks, professeur émérite de l'université Queen's, en Ontario, le gouvernement de Stephen Harper a opté pour la stratégie du bord de l'abîme de manière délibérée. Selon lui, les conservateurs tentent d'effrayer les partis de l'opposition.
"A mon avis, il s'agit de la forme plus crasse de politique partisane", a-t-il affirmé.
Pour sa part, le porte-parole libéral en matière de finances, John McCallum, estime que l'idée de mettre un terme aux subventions aux partis politiques est un "écran de fumée" pour faire oublier que Stephen Harper est sur le point de faire entrer le pays en récession pour la première fois en 13 ans.
Au moment même où le Canada pourrait enregistrer des déficits de plusieurs milliards de dollars, ces mesures ne permettront que d'économiser moins de 30 millions $ par année.
Ned Franks estime que l'économie du Canada a davantage besoin de vraies mesures gouvernementales.
"Eliminer les subventions aux partis n'aidera en rien l'économie du Canada, a-t-il lancé. S'il s'agit de la meilleure solution que le gouvernement peut proposer pour faire face à la crise économique, il devrait retourner à la maternelle."
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