49 ans d'engagement exceptionnel pour la troupe V'là l'bon vent
Il était triste de voir la mairesse Boucher annoncer à grands éclats de rire, que la construction de l'Îlot des Palais allait sûrement accuser un retard et des coûts supplémentaires. Elle a pourtant été portée au pouvoir pour sa rigueur administrative. C'est désolant d'entendre cela dans une ville qui compte sur l'apport de centaines de personnes qui se dévouent bénévolement pour que rayonne le nom de Québec. Non seulement sont-ils engagés gratuitement mais ils puisent souvent dans leur propre pécule pour assurer leur mission pendant que les pouvoirs publics glissent facilement sur la première pelure de banane venue.
Prenons le cas de la troupe V'là l'bon vent, qui se prépare à célébrer son 50e anniversaire en 2008. Des milliers de jeunes et moins jeunes Québécois, hommes et femmes, ont un jour ou l'autre joint les rangs de la troupe. Fait rare, seuls trois directeurs musicaux ont animé la troupe au cours de ces années: Gilles Julien, le fondateur; François Provencher qui a lancé le chœur, comme on l'appelait à l'époque, sur les routes du monde; et Diane Lapierre, qui a consolidé l'œuvre pour en assurer la pérennité mais aussi lui permettre de traverser les diverses tendances musicales et vocales des 30 dernières années.
Ambassadeur remarquable
V'là l'bon vent est sans contredit un ambassadeur de premier plan pour la ville de Québec. Ils se sont produits régulièrement à l'étranger. Ce fut d'abord, Vaison-la-Romaine en France, puis la Suisse, le Japon, l'Afrique francophone sans compter les nombreuses incursions américaines et pancanadiennes. Ils sont montés sur scène lors des grands événements comme l'Expo 67 et l'Exposition universelle d'Osaka, début 1970. Ils ont chanté devant à peu près tous les premiers ministres québécois et canadiens et plusieurs chefs d'états ou têtes couronnées, dont, bien entendu, la famille royale et la reine Élisabeth II.
Ici même à Québec, la troupe de Diane Lapierre est régulièrement appelée à divertir les participants des grands congrès qui se tiennent dans nos murs. Le Centre des congrès et l'Office du tourisme de Québec réfèrent à V'là l'bon vent pour présenter Québec en chansons et chorégraphies dans un spectacle que Lapierre et ses collaborateurs ont concocté expressément pour ces occasions. À chacune de ces occasions, les membres de la troupe ne sont pas rémunérés. Ils font honneur à Québec parce qu'ils aiment leur art et sont fiers d'appartenir à V'là l'bon vent et de contribuer au rayonnement de Québec. Je le sais, j'en fus... Lorsqu'ils se déplacent à l'étranger, chaque membre de la troupe doit assumer ses frais de voyages. Quelques rares fois, la troupe peut compter sur une maigre subvention. Les revenus des spectacles sont continuellement réinvestis dans le patrimoine de la troupe et dans ses projets.
Œuvres humanitaires
C'est ainsi que V'là l'bon vent assume désormais des engagements humanitaires. Ils ont déjà à leur crédit deux missions, l'une au Paraguay, l'autre au Brésil. Depuis deux ans, ils planifient une nouvelle expérience humanitaire sur l'île de Madagascar. Le projet permettra à 22 membres de la troupe, environ le tiers, de produire un spectacle spécial dans quatre villes du pays, du 15 au 28 mai prochain. V'là l'bon vent se produira gratuitement dans des salles d'écoles cédées gracieusement par les autorités locales. Ils mettront également en vente des cassettes du groupe dont les fruits de la vente, ajoutés aux revenus de la vente de billets pour les spectacles, viendront créer des bourses d'études de 1 000 $ chacune, remises à des jeunes Malgaches dans le besoin. L'effort des membres de la troupe est généreux et louable. Ils vont même plus loin en tenant ces jours-ci une collecte auprès des gens d'affaires et de la population locale pour contribuer au fonds qu'ils créeront là-bas. Des reçus d'impôts seront remis aux donateurs.
En plus de se produire devant le public local, la troupe de Diane Lapierre prend soin d'impliquer une troupe locale et des enfants malgaches en les intégrant au spectacle et en chantant dans la langue nationale. Ce projet éducatif et culturel soulignera aussi la présence des Frères du Sacré-Coeur à Madagascar, dont plusieurs sont originaires de la grande région de Québec. C'est dans cet esprit que V'là l'bon vent se produira au collège que dirige la communauté religieuse à Tananarive à l'occasion du 75e de l’institution.
Autre signe révélateur de l'altruisme qui anime le groupe, lors de son spectacle annuel de la fête des Mères, qu'elle présentera à la salle Dina-Bélanger le 12 mai prochain, la troupe accueillera une délégation d'enfants de l'École malgache de Montréal. Ils logeront dans des familles de la troupe V'là l'bon vent et seront intégrés au spectacle. V'là l'bon vent est un exemple exceptionnel de l'engagement d'une équipe qui outrepasse les limites du loisir et du chant choral. Ils s'imposent comme de grands ambassadeurs de leur ville en plus de tendre la main à des populations démunies. À la veille des activités qui marqueront son demi-siècle, phénomène rare pour ce type d'organisme, V'là l'bon vent mérite un sérieux coup de chapeau. Et, l'administration de nos fonds publics a de quoi s'inspirer quant à la responsabilité sociale.