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Le château des jeunes esprits

Article mis en ligne le 12 mars 2007 à 10:11
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Le château des jeunes esprits
Une vue du bâtiment «AF Börgen», qui constitue le centre de la vie étudiante de Lund en Suède. On y trouve un restaurant, la librairie officielle, un café étudiant ainsi que des salles de classe et de réunions. L’équivalent du pavillon Desjardins à l’Université Laval, quoi! - (Photo Marie De Bellefeuille)
Le château des jeunes esprits
Au Québec, l’éducation est considérée comme un enjeu de premier plan. Le débat entourant le dégel des frais de scolarité fait rage, les étudiants montent au barricades alors même que la qualité de nos universités est en chute libre. Quelques action gagneraient à être calquées sur la Suède où, du moins en sciences humaines, des techniques d’enseignement efficaces se déploient dans un contexte de gratuité scolaire.
L’Université Laval et l’Université de Montréal offrent généralement la même formule de cours aux étudiants. Entre 50 et 300 jeunes s’entassent dans un amphithéâtre pour écouter un professeur parler durant trois heures. La principale différence avec la Suède se situe à ce niveau. À l’Université de Lund, les cours de science politique regroupent au maximum une vingtaine d’étudiants. Un cours recevant 30 inscriptions sera divisé en deux afin de conserver le quota. Cette formule permet une très grande interactivité en classe, où les étudiants sont non seulement appelés, mais fortement encouragés à intervenir et à débattre de questions qui les touchent et qui sont reliées au sujet du cours. Les séminaires et débats sont fréquents, de même que les simulations de négociations. Au cours de l’année scolaire 2006-2007, des étudiants de Lund ont ainsi négocié, dans une atmosphère informelle propice à l’innovation, la suite du protocole de Kyoto, des accords de paix au Darfour et au Cachemire ainsi qu’en Palestine, de même que la suite de la ronde de Doha de l’Organisation mondiale du commerce. Ces expériences développent des qualités et des capacités primordiales sur le marché du travail et inatteignables dans le cadre de cours magistraux tels que ceux offerts au Québec.

La méthode d’enseignement en Suède fait également beaucoup plus appel au jugement et à l’autodiscipline des étudiants. Les heures de cours sont réduites à environ 20 ou 25 heures par cours et par session, contrairement aux 45 heures normales au Québec. Les sessions durent 20 semaines, ce qui correspond à une année scolaire de neuf mois. Dans le cas où le Québec choisirait de s’inspirer de ce modèle, il faudrait prendre en compte l’opinion des étudiants et des professeurs face à ce rallongement de l’année scolaire. Les cours offerts aux étudiants étrangers se donnent à raison de deux par demi-session, avec deux à trois heures de classe par cours et par semaine. Cela peut sembler peu, mais c’est là que l’appel au travail personnel prend tout son sens.

Là où les étudiants québécois reçoivent généralement deux points de vue dans un cours, soit celui du professeur et celui d’un livre ou d’un recueil de textes, les étudiants à Lund sont appelés à lire de quatre à six livres pour chaque cours suivi, en plus d’un nombre substantiel d’articles. Les points de vue s’en trouvent donc diversifiés et la formule permet aux étudiants de développer leur jugement critique envers les différents auteurs. Les examens en classe ont également été abandonnés dans une large mesure et remplacés par des travaux, des présentations en classe et des examens maison, ce qui laisse une meilleure gestion du temps aux étudiants, tout en évitant le piège du «j’apprends tout par cœur et j’oublie ensuite». Contrairement aux étudiants étrangers, les étudiants suédois ne prennent pas de cours à la seconde demi-session. Ils ont plutôt la tâche de rédiger une thèse, un travail de recherche approfondi sur un sujet connexe à l’un des cours suivis précédemment. Encore une fois, cette méthode fait appel au jugement, à la discipline et au sens critique des étudiants à une échelle beaucoup plus avancée que pour un simple travail de fin de session.

Ce système presque parfait est rendu possible parce que les dirigeants suédois n’ont pas que de belles paroles lorsqu’ils discutent d’éducation. La Suède étant un pays où les emplois sont de plus en plus basés sur le savoir, une éducation de qualité est nécessaire pour maintenir la croissance économique et, par le fait même, faire face à la question démographique. En Suède comme dans la plupart des pays industrialisés, la population vieillissante pose un défi à la jeune génération qui devra, par des salaires plus élevés, pourvoir à la diminution du nombre de travailleurs. Des mesures ont donc été réellement prises pour assurer l’avenir du pays. Il est vrai que les taxes sont élevées au pays, mais les Suédois reçoivent largement le fruit de leurs efforts. En ce qui a trait au système d’éducation, un seul élément apparaît plus noir que blanc, mais encore, cela dépend du point de vue. Les étudiants n’ayant pas à payer pour leur éducation et ne craignant pas une dette écrasante, plusieurs ont tendance à «essayer» plusieurs programmes avant de trouver le bon, résultant en un étalement des années d’études. Il n’est donc pas rare de voir des étudiants quitter l’université avec une maîtrise alors qu’ils ont atteint la mi-trentaine. Toutefois, l’expérience acquise durant ces années sur les bancs d’école ne sera jamais perdue. Et puis, ne vaut-il pas mieux des travailleurs heureux et motivés que des jeunes qui rejoignent le marché du travail à défaut de mieux? La question se pose…

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