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Médias et montréalisation: Québec assume son leadership

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Article mis en ligne le 2 mars 2007 à 9:30
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Médias et montréalisation: Québec assume son leadership
Il y a 35 ans, alors qu'il était ministre des Communications dans le cabinet libéral du premier ministre Robert Bourassa, Jean-Paul L'Allier avait réussi à faire bloquer la vente du journal Le Soleil à Power Corporation, propriétaire de La Presse, craignant une «montréalisation» du vieux quotidien de Québec. En 2002, Le Soleil glissait dans le giron du groupe Gesca qui dès lors établissait le principe de libre circulation des textes journalistiques d'un quotidien de la chaîne à l'autre. Cette pratique a par la suite été consacrée dans les conventions collectives des journaux du groupe: Le Soleil, La Presse, Le Nouvelliste, La Tribune, Le Quotidien et Le Droit.
Or, un récent relevé de la section régionale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) indique que du premier mai 2004 au 30 avril 2005, Le Soleil a publié 1 515 textes provenant de La Presse, une moyenne de 5 par jour, alors qu'à l'inverse, la Presse publiait 575 textes émanant de la salle de rédaction du boulevard Charest.

La situation est troublante mais n'est pas exclusive au Soleil. Il est heureux que la section régionale de la FPJQ ait choisi de se pencher sur la question et d'étendre son enquête aux autres médias du grand marché de Québec. Si la problématique est relativement nouvelle dans la presse écrite, elle fait des ravages depuis des années dans la presse électronique. Diminution des heures d'antennes locales, absence de bulletins télévisés en fin de soirée ou les fins de semaine, etc. Bref, c'est comme si Québec se mettait en quarantaine du vendredi 18h au lundi 6h!

Non seulement les espaces et les contenus informatifs deviennent-ils de plus en plus restreints et remplacés par un produit journalistique traité à partir de la métropole. Mais l'impact économique est réel puisque cette centralisation entraîne des pertes d'emplois considérables à Québec. Au début des années 1990, CHRC pouvait compter sur une salle de nouvelles de plus de 20 journalistes. C'est presque ironique de constater qu'aujourd'hui, CHRC devenu Info-800 embauche cinq journalistes généralistes et un journaliste sportif.

La télévision est aussi attaquée par le pouvoir d'attraction de Montréal, de ses têtes de réseaux ou sièges sociaux. Tous n'en meurent pas, mais tous en sont atteints. Et, l'enjeu est grand. Tous les principes liés à la concentration des entreprises de presse; convergence, multiplicité des sources et libre circulation de l'information, sont ici remis en question. Le conflit de travail qui se dessine au Journal de Québec est teinté jusqu'à la moelle de cette tendance.

Ce triste constat n'est pas nouveau puisque déjà, en 1981, le Cercle de Presse du Saguenay avait cru bon convoquer les États généraux de l'information régionale sous la thématique «L'information régionale, à cause?». La situation décrite dans l'étude de la FPJQ régionale est de plus en plus dénoncée dans l'Outaouais, en Estrie, en Mauricie, au Saguenay, bref, partout! Le phénomène n'est plus le seul apanage de l'éternel contentieux Québec-Montréal.
Équilibre précaire
Il semble qu'un déséquilibre se soit installé entre les intérêts financiers légitimes des entreprises de presse et la notion fondamentale de service public liée à ce type d'organisme. De plus, l'émergence des nouveaux médias laisse craindre le pire aux artisans de l'information. Jusqu'où repoussera-t-on les limites de la centralisation?
Les principaux ténors régionaux se sont inquiétés de la situation. Pierre Dolbec, alors président de la Chambre de commerce de Québec considérait que «Québec sera bientôt hors d'ondes». Bernard Dagenais, professeur en communication à l'Université Laval déplore pour sa part que «la pensée éditoriale des médias de Québec est maintenant montréalaise». Alors que son collègue Florian Sauvageau accuse «les médias locaux d'être des succursales auxquelles on ne laisse que la gestion courante». De son côté, la Chambre de commerce des entrepreneurs ajoute que «l'information sur la Capitale, telle que présentée sur les grands réseaux, ne permet pas de mettre l'emphase sur les spécificités des réalités régionales».
Des solutions
Le rapport de la FPJQ-Québec ne restera pas lettre morte. Ayant le privilège de siéger au conseil d'administration de la Fédération, je me suis assuré que celui-ci donne le coup d'envoi à une vaste opération qui devrait provoquer une réflexion nationale sur les questions liées à la centralisation. Après un constat de la situation dans chaque région du Québec, une commission itinérante devrait sillonner le Québec et produire une série de recommandations qui seront présentées au Congrès de la FPJQ qui se tiendra à Québec en décembre 2008.
En déposant son état de la situation, la section régionale de la FPJQ que préside la collègue Karine Gagnon du Journal de Québec a ouvert la voie à ce mouvement qui déborde des frontières régionales et qui devra s'étendre aux usagers des médias. Encore une fois, Québec s'impose par son leadership.

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