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La troisième dimension du développement durable

La FCCQ propose la création d’une Agence d’analyse économique

Jean-Pascal Lavoie par Jean-Pascal Lavoie
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Article mis en ligne le 21 février 2007 à 14:46
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La troisième dimension du développement durable
Alain Dubuc, chroniqueur à La Presse, Me Louis Duquet, président de la Chambre de commerce de Québec, Ross Gaudreault, pdg du Port de Québec, Françoise Bertrand, pdg de la FCCQ, Yves-Thomas Dorval, chef de division, affaires publiques, chez Imperial Tobacco et Yves Rabeau, professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM, lors de la présentation du projet d’Agence d’analyse économique devant la Chambre de commerce de Québec.
La troisième dimension du développement durable
La FCCQ propose la création d’une Agence d’analyse économique
Pour compléter, et contrebalancer, le travail du Bureau des audiences publiques en environnement (BAPE) et de la Direction de la santé publique (DSP), la Fédération des chambres de commerce du Québec propose la création d'une Agence d'analyse économique. Cet organisme serait chargé d'évaluer les grands projets de nature économique à l'aune de leur impact sur la prospérité économique du Québec.
Depuis quelques années, les grands projets ne sont plus accueillis avec autant d’enthousiasme. Les promoteurs, qu’ils soient privés ou gouvernementaux, doivent franchir un parcours semé d’embûches avant même que la première pelletée de terre soit effectuée.

Le projet Rabaska est un bon exemple de toute la détermination nécessaire pour réaliser un projet d’envergure. BAPE, DSP, pétitions citoyennes, groupes de pression, toutes autant d’étapes à franchir, de gens à convaincre, de réticences à faire tomber. Pour un promoteur privé, ce sont autant d’incertitudes quant à l’issue de leur démarche et autant d’argent investi en temps et en personnes pour mettre les choses en branle.

L’abandon du projet de déménagement du Casino de Montréal au bassin Peel illustre bien la situation. Le Cirque du Soleil, partenaire de Loto-Québec dans le projet, a rapidement décidé de retirer ses billes en raison de l’incertitude et des délais. Entreprise privée, le Cirque du Soleil a estimé ne pas avoir les ressources nécessaires pour poursuivre si longtemps un projet dont l’issue était incertaine.

La communauté des affaires est de plus en plus inquiète et craint que le temps des grands chantiers privés soit révolu au Québec. S’appuyant sur une étude mettant en lumière l’échec récent de deux grands projets, le déménagement du Casino de Montréal et la centrale du Suroît, la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) recommande la mise en place d’une Agence d’analyse économique. Cette instance consultative serait dédiée au développement économique. À l’instar du BAPE pour l’environnement et de la DSP pour la santé, elle serait chargée d’évaluer les enjeux économiques liés à la réalisation ou au rejet d’un projet.

La FCCQ tenait récemment un panel sur le sujet devant la Chambre de commerce de Québec. Françoise Bertrand, présidente de la FCCQ, croit qu’il y a présentement un déséquilibre dans le débat public. «Il y a beaucoup de place faite aux volets social et environnemental et beaucoup moins au volet économique, plaide-t-elle. Le BAPE évalue les projets sur une base environnementale, la Direction de la santé publique sur une base sociale, mais il n’y a pas d’instance qui évalue les projets sous leur angle économique. Pourtant, le développement durable repose sur trois aspects: l’acceptation sociale, le respect de l’environnement et aussi la viabilité économique.»

Yves Rabeau, professeur à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM, fait le constat d’une «profonde asymétrie de l’information au Québec dans les dossiers économiques.» Selon lui, il serait important de faire contrepoids à la propagande environnementaliste dans les médias.

Cette critique de la place faite aux groupes sociaux dans les médias a trouvé écho chez plusieurs personnes présentes dans la salle. Pour un, Alain Kirouac, directeur de la Chambre de commerce de Québec, déplore le fait qu’au lendemain de la présentation du mémoire de la Chambre devant le BAPE aux audiences sur Rabaska, l’attention médiatique était allée à des groupes marginaux ou des citoyens mal informés.

Yves-Thomas Dorval, d’Imperial Tobacco, s’il reconnaît que les médias ont un certain rôle à jouer dans l’impartialité des débats, rappelle que la responsabilité première de l’échec ou du succès d’un projet repose encore sur les épaules du promoteur lui-même. «Il est de notre responsabilité d’informer correctement le public de nos projets et il n’y a aucune agence qui peut remplacer ça.» Ce devoir de transparence s’applique également aux autres selon M. Dorval. «Les groupes socio-communautaires font et doivent faire partie du débat, mais ils doivent eux aussi être transparents et imputables. Nous devons savoir qui représentent-ils et quels intérêts défendent-ils.»

Les gens d’affaires voient en la création d’une agence impartiale un moyen de dédramatiser le débat et d’y ramener les enjeux économiques. «Les promoteurs sont trop souvent vus comme des monstres assoiffés de profits, s’indigne Ross Gaudreault, pdg du Port de Québec. Le terminal de croisière est un projet qui a failli tomber en raison de ça et le projet Rabaska démontre encore que la région est très bien organisée pour faire peur au monde avec une technologie fonctionnant très bien depuis 40 ans partout dans le monde!»

De façon plus précise, la proposition de la FCCQ consiste en la mise sur pied d’une entité indépendante placée sous la responsabilité du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation. Elle serait chargée d’analyser des projets de toute envergure et agirait comme ressource-conseil auprès du gouvernement afin d'éclairer le débat public autour des aspects économiques de grands projets, de programmes ou d'activités qui ont un impact important sur la prospérité du Québec.

«Une telle agence apporterait un éclairage plus complet sur le plan économique, en fonction de mandats précis qui lui seraient confiés, afin de mieux informer la population et d'assurer avec objectivité et impartialité la dimension économique trop souvent absente du débat public», soutient Mme Bertrand.

Il existe toutefois quelques obstacles de taille à l’instauration de cet outil d’analyse, par exemple la perception que pourrait en avoir la population. «Est-ce d’une agence de promotion ou d’une agence impartiale qui pèse le pour et le contre d’un projet économique que les promoteurs ont besoin?», se questionne M. Rabeau.

Même le gouvernement pourrait être très réticent à soumettre certains projets à l’étude de l’agence, fait remarquer Alain Dubuc, chroniqueur à La Presse et modérateur invité au panel, citant en exemple l’entente récemment signée avec Alcan pour une nouvelle aluminerie au Saguenay. «L’introduction de la notion de coût d’opportunité dans l’analyse des projets serait l’idéal pour garantir une certaine crédibilité.»

De même, ce n’est probablement qu’avec l’émission d’un premier avis défavorable qu’une éventuelle Agence d’analyse économique assoirait sa crédibilité auprès de la population en général.

Fort de l’appui de la communauté d’affaires, la FCCQ entend bien poursuivre son travail auprès des instances politiques pour mener ce projet à terme. En attendant, Françoise Bertrand lance un appel aux entrepreneurs pour qu’ils soient plus présents dans les débats. «Ils doivent devenir les porteurs de ballon devant le public et les médias pour expliquer et soutenir leur projet tout au long du processus. C’est une nécessité.»

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