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Charité bien ordonnée...

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Article mis en ligne le 19 janvier 2007 à 10:05
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Charité bien ordonnée...
Les récents dérapages qui ont frappé l'univers parfois embrouillé de la charité publique soulèvent un problème éthique important pour l'ensemble des médias, y compris le nôtre. Ou bien nous faisons preuve d'une naïveté crasse, ou bien nous sombrons trop facilement dans la cupidité lorsque nous sommes sollicités pour venir en aide à quelque nécessiteux de ce monde.
L'extraordinaire épopée du fonds de secours à bébé Mathis de Marieville mettant en vedette un père de famille, Stéphane Cloutier, qui aurait pris la poudre d'escampette vers la République dominicaine fait cruellement réfléchir. Voilà un enfant qui mérite, et de loin, une aide supplémentaire à ce que l'État peut lui fournir. Voisins et amis se mobilisent, soutenus par un quotidien montréalais, afin de mener une collecte publique et une pléiade d'activités visant à permettre une meilleure qualité de vie à l'enfant. Mais voilà qu'apparemment, le fonds de secours aurait été mis à sec au profit d'une magistrale brosse au soleil.

Plus près de nous, sur la rive-sud, la famille du petit Anthony Bolduc est elle aussi plongée dans ce type de tourmente morale, qui la mène maintenant devant les tribunaux après avoir été dénoncée par des proches soupçonnant diverses magouilles commises avant et après le décès du malheureux enfant. L'affaire est maintenant devant la Cour d'appel chargée de statuer sur le jugement d'un tribunal de première instance, qui imposait aux parents de retourner à des organismes reconnus les montants d'argent toujours au compte.
Médiatisation
Pour chacun de ces exemples, les médias ont joué un rôle important en soulevant la sympathie publique à l'égard d'enfants souffrants et condamnés dès leur naissance. La lecture d'articles de journaux, l'audition d'entrevues radios et télévisées ont vite fait de tirer les larmes d'une collectivité qui devient rapidement solidaire devant l'épreuve.
Si notre sensibilité est rudement mise à l'épreuve lorsque de pareils drames surviennent, il faut se questionner à savoir si la décision de s'impliquer dans ce genre de levée de fonds ne répond pas également à une certaine cupidité qui, dans une industrie concurrentielle, ne tarde pas à s'enflammer. «Joindre l'utile à l'agréable», «faire d'une pierre deux coups», autant de leitmotiv qui peuvent être invoqués pour justifier ces engagements. En contribuant à soulager la misère ou la maladie, on se donne bonne conscience pour gonfler ses cotes d'écoute ou son tirage et... ses revenus. Un peu tordu, non?

C'est malheureusement trop souvent ce qui se produit. J'ai moi-même été entraîné dans ce type de tourbillon à quelques occasions. Heureusement, aucune collecte à laquelle j'ai participé n'a tourné au vinaigre, les sous recueillis étant acheminés aux bons endroits. Par contre, je pourrais citer des organisations qui, à l'approche de sondages de cotes d'écoute ou de tirage, sont rapidement en recherche d'une «charité pour l'amour du bon Dieu» ou d'une «maladie qui fait pitié» dans l'espoir d'émouvoir la clientèle, de provoquer une visibilité providentielle dans les médias, et de gonfler sa clientèle. Cette façon de faire laisse un goût amer quant au véritable sens de cet engagement.
Solidarité sociale
À l'instar de chaque citoyen et corporation, les médias ont le devoir de contribuer au partage de la richesse et de soulager un tant soit peu la misère humaine. Ils devraient le faire avec toute la générosité et la gratuité que nécessite l'œuvre. De même, nous devrions nous abstenir de nous engager dans quelque collecte que ce soit, si elle n'est pas parrainée et encadrée par un organisme ou une fondation crédible et reconnue. Chez Québec Hebdo, cette notion ne constitue pas une politique; elle constitue toutefois la pratique.
Par ailleurs, à Québec, une multitude de petites fondations familiales, personnelles ou entrepreneuriales sont regroupées au sein de la Fondation communautaire du grand Québec. D'autres encore, comme Enfant-Soleil, la Fondation Saint-Roch ou Rêves d’Enfants seraient tout à fait appropriées pour intervenir et servir de courroie de transmission entre les donateurs et les familles qui n'ont ni le recul nécessaire ni la formation appropriée pour gérer ces budgets. Ces organismes ont des équipes dévouées et compétentes, leurs livres comptables sont l'objet de vérifications rigoureuses et le législateur leur impose un cadre juridique sévère. Bref, les dons du public sont protégés et les bénéficiaires ne risquent pas d'être floués.

Bien entendu le système n'est pas parfait. Même la prestigieuse Fondation Maurice Tanguay a été l'objet d'un faux pas en début d'année. Néanmoins, grâce à une sérieuse organisation, on eût tôt fait de corriger le tir et de s'assurer que les argents de la Fondation soient utilisés à bon escient. Quant aux médias, ils devront être plus circonspects dans leur approche et s'impliquer dans un véritable esprit philanthropique, loin de la recherche du profit.

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