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Un implant auditif installé au tronc cérébral

Première médicale québécoise au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec

Article mis en ligne le 29 novembre 2006 à 11:50
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Un implant auditif installé au tronc cérébral
Première médicale québécoise au Centre hospitalier affilié universitaire de Québec
Pour la première fois au Québec, une équipe de spécialistes de haut niveau a procédé à l’installation d’un implant auditif au tronc cérébral. Couronnée de succès, l’intervention réalisée en avril dernier permettra à une jeune femme de 25 ans vivant avec une surdité totale, en raison des suites d’une neurofibromatose de type 2, de retrouver l’audition.
Conduite par Dr Denis Pouliot, oto-rhino-laryngologiste et Dr Claude Picard, neurochirurgien à l’Hôpital Enfant-Jésus de Québec, du Centre hospitalier affilié universitaire de Québec (CHA), en collaboration avec Dr Pierre Ferron, oto-rhino-laryngologiste, directeur du Programme québécois pour l’implant cochléaire et président de la Fondation du Québec pour la recherche sur l’implant cochléaire, l’intervention a nécessité la participation d’une équipe multidisciplinaire. Ces spécialistes provenaient des départements d’oto-rhino-laryngologie, de neurochirurgie et des soins intensifs du CHA, de l’Hôtel-Dieu de Québec du CHUQ et de l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ).

L’équipe a, en outre, pu compter sur la collaboration de la Fondation du Québec pour la recherche sur l’implant cochléaire pour soutenir le projet, la Fondation ayant défrayé les 30 000 $ nécessaires à l’acquisition de l’implant utilisé lors de la chirurgie.
Trois ans de préparation
La nature de l’intervention permet de mesurer l’importance de cette première médicale. En effet, à la différence de l’implant cochléaire, mis en place chez des patients dont le nerf auditif est encore fonctionnel, l’implant au tronc cérébral est implanté chez des patients qui n’ont plus de nerf auditif. L’implant stimule donc directement les cellules cérébrales.

Il y a près de trois ans que Drs Pouliot, Picard et Ferron préparent cette intervention, dont l’idée est née lors d’un congrès scientifique tenu sur le sujet en 2003. Tout au long de sa préparation, l’équipe a pu compter sur l’étroite collaboration de deux sommités de la médecine américaine, Drs William E. Hitselburger, neurochirurgien et William House, oto-rhino-laryngologiste, les premiers au monde à effectuer ce type d’intervention.
Reprendre contact avec l’extérieur
L’opération, qui a duré plus de 10 heures, a consisté à implanter dans le tronc cérébral un porte-électrode dont la forme évoque une raquette et qui compte 21 électrodes. Ces électrodes stimulent les noyaux auditifs du tronc cérébral à l’aide de signaux électriques. Le port d’un appareil externe est nécessaire pour activer l’implant au tronc cérébral. Le patient porte sur l’oreille externe un microphone qui capte les sons et les transmet à un processeur qui les décode. Celui-ci transmet ces signaux sonores numérisés à une puce insérée sous la peau qui décode ces signaux. Les électrodes délivrent par la suite des stimuli au tronc cérébral, ce qui permet au patient d’entendre une grande variété de sons.
«La patiente que nous avons opérée pourra littéralement reprendre contact avec l’extérieur, explique Dr Denis Pouliot. D’abord, elle retrouvera un grand sentiment de sécurité, puisqu’elle pourra entendre des signaux d’urgence comme le son d’un système d’alarme, la sirène des pompiers, celle des policiers ou encore, un klaxon.»

«De plus, nous croyons que l’implant lui permettra d’augmenter sa capacité de reconnaissance auditive dans une proportion de 10 % à 30 %. On peut aussi envisager une augmentation importante de sa capacité de lecture labiale. À ce jour, 85 % des patients qui ont reçu un implant ont augmenté leur performance à ce chapitre avec des phrases en trois à huit mois après l’intervention.»

Dr Pouliot souligne que la jeune femme fait déjà des progrès étonnants, quelques mois à peine après l’intervention. «Elle est déjà en mesure de faire ce que nous appelons des choix semi-ouverts, c’est-à-dire de reconnaître des mots d’une catégorie prédéterminée, par exemple des animaux ou des prénoms, sans indications autres qu’auditives. Il s’agit d’une chose remarquable, puisqu’il y a une distance énorme entre la détection des sons et la reconnaissance de mots.»
Ailleurs dans le monde
Pratiquée pour la première fois cette année au Québec, l’intervention n’a été pratiquée qu’à deux reprises au Canada, à Toronto. Quelque 150 patients ont reçu un implant du tronc cérébral au House Ear Clinic and Institute de Los Angeles. À l’échelle planétaire, ce sont environ 500 patients qui ont reçu un tel implant. Le suivi auprès de l’ensemble de ces patients a permis de déterminer que 84 % d’entre eux étaient heureux de leur décision de recevoir un implant du tronc cérébral.
Les partenaires en présence
Le CHA est un établissement centré sur la dispensation de soins, l’enseignement et la recherche. Il est un centre universitaire associé. Depuis plus de 20 ans, une équipe multidisciplinaire formée surtout d’oto-rhino-laryngologistes et de neurochirurgiens a développé une expertise de pointe dans le traitement des tumeurs de la base du crâne.
Ayant comme but de demeurer un centre hospitalier universitaire moderne, efficace et à la fine pointe du progrès, le CHUQ Hôtel-Dieu de Québec a réalisé en 1984 le premier implant cochléaire au Canada. A partir de cet embryon, le programme québécois pour l’implant cochléaire est devenu un centre ultra spécialisé en implants auditifs, reconnu sur le plan national et international, le tout grâce à ses nombreux partenaires. Grâce à l’expertise développée en implant cochléaire à l’Hôtel-Dieu de Québec et l’expertise développée en chirurgie de la base du crâne à l’Hôpital de l’Enfant Jésus, il est maintenant possible de recourir à une technologie de pointe qui nécessite la participation de cette équipe. L’implant auditif au tronc cérébral a pu prendre naissance avec ses nouveaux partenaires.

L'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) est un institut universitaire qui offre des services d'adaptation, de réadaptation, de soutien à l'intégration sociale, d'accompagnement et de soutien à l'entourage. Ces services s'adressent aux personnes de tout âge ayant une déficience auditive, motrice, neurologique, visuelle, de la parole ou du langage.

La Fondation du Québec pour la recherche sur l’implant cochléaire finance depuis 1984 toutes les activités nouvelles et de recherche dans le domaine des implants auditifs.

* (Source: CHA)

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