Encore la morosité mise en cause
Ou bien la morosité est solidement ancrée dans la capitale ou bien on est en présence d'un beau cas de confusion des genres.
Depuis quelque temps, plusieurs leaders régionaux condamnent ce sentiment défaitiste qui paralyserait la région. Les journalistes sont pris à partie pour entretenir ce pénible climat. Pourtant, Québec affiche un taux exceptionnellement bas de chômage; selon Canadian Business nous trônons au sommet du palmarès des meilleures villes d'affaires au pays; et nous figurons avantageusement parmi les meilleures villes à visiter autant dans les classements nord-américains, européens ou anglais. Plus, nous sommes devenus une ville de champions: champion du hockey junior canadien, champion de la ligue de baseball Can-Am et champion du football universitaire. Jacques Tanguay a bien raison quand il déclare à des collègues que la dernière conquête du championnat de football universitaire canadien constituait «un clou de plus dans la morosité».
Situation privilégiée
Si ce sont là les attributs d'une ville où la morosité règne, je veux bien me faire pendre sur la place publique. Bien entendu, l'œuvre n'est pas complète. Il y aura toujours lieu de corriger des situations, de parfaire certains travaux. Québec occupe une position enviable sur l'échiquier canadien bien qu'elle soit aussi confrontée aux grands défis nationaux: création de la richesse, relance de l'industrie manufacturière et innovation. À ce jour, notre région est mieux équipée pour faire face à ces enjeux.
L'épisode 2008 dans lequel nous sommes engagés devrait à lui seul sonner le glas du syndrome 1984, dont on a déjà commencé à se débarrasser. De grands chantiers d'améliorations urbaines sont en cours de réalisation, la programmation festive se dévoile petit à petit. Il est vrai qu'à cet égard le menu est encore peu consistant. On nous promet cependant qu'au début de 2007, on assaisonnera davantage la programmation de détails plus excitants, plus spectaculaires. Actuellement, on peut comprendre que les artisans des fêtes travaillent en laboratoire à parfaire les concepts. 2007 devrait allumer la flamme.
Chat échaudé...
Quant à la presse, on dit d'elle qu'elle est le chien de garde de la démocratie. C'est précisément son rôle d'observer, d'analyser et de critiquer la gestion des affaires publiques. Elle doit le faire en toute impartialité, écorchant si nécessaire et soulignant les réussites de la même manière. Elle est aussi le reflet de la population. Québec ayant passablement été échaudée dans le passé, il est normal que les médias fassent preuve de prudence devant les grands projets pour éviter les dérapages antérieurs. Prudence et morosité ne sont pas synonymes. Au contraire cette vertu viendra garantir que notre région ne succombera plus à la morosité.
Concertation
Par contre, nous souffrons d'un cruel manque de concertation et d'harmonisation des efforts. Dans une table-ronde de leaders économiques régionaux tenue chez Québec Hebdo cette semaine et qui sera publiée dans un cahier économique spécial Vision 2007 en janvier prochain, c'est le constat unanime qui s'est imposé. Isolément, les organismes de développement font un excellent boulot. «Tant qu'on travaille en silo, on a du succès. Malheureusement, on n'arrive pas à se connecter...».
Triste constat qui devrait interpeller la mairesse Boucher. Sur le plan économique, la communauté d'affaires et la population en général appréhendaient l'arrivée de Mme Boucher à l'hôtel de ville. Un an plus tard, les commentaires sont plus sympathiques. Elle a gagné des points depuis qu'elle dirige les destinées de Québec. L'occasion serait belle pour la mairesse de s'imposer comme le rassembleur que plusieurs réclament.
Sois disant élue pour faire le ménage, ce serait pour elle une merveilleuse occasion de passer le balai sur ces vielles habitudes de travailler isolément qui font beaucoup plus mal à la région que les pseudo-relents de morosité.