Voir l'environnement comme une opportunité de développement
Encore trop souvent en ce début de XXIe siècle, des esprits malveillants sinon mal éclairés s'inquiètent de l'attention portée par la majorité des occupants de la planète à la sauvegarde de l'environnement. Pourtant, en plus d'assurer notre survie, les mesures écologiques souhaitées afin de laisser un monde viable à nos descendants, loin d'être des freins au développement actuel, devraient plutôt être perçues comme de nouvelles opportunités d'affaires.
Accélération de la fonte des pôles, augmentation des catastrophes naturelles, hausse des températures générales, prolifération de la désertification des régions arides et multiplication des alertes au smog dans les villes ne sont que quelques-unes des manifestations qui tendent à confirmer que la pollution et le réchauffement climatique qui en découle sont de réels enjeux pour la Terre et ses occupants insouciants. Le défi à relever est majeur et imminent, car même les aînés ne peuvent prétendre qu'ils n'en verront pas les effets dévastateurs de leur vivant.
Lorsqu'on entend des scientifiques sérieux comme Boris Worm, biologiste à l'université d'Halifax et coauteur d'un rapport publié dans la revue Science, évoquer la possibilité que les océans ne donnent plus de poissons si la température de l'eau grimpe de seulement quelques degrés, il n'y a pas de quoi rigoler. Aux cordons bleus qui plaideraient l'immunité d'un régime composé essentiellement de poutines, de burgers et de plats congelés, il faut rappeler que le réchauffement global induit l'assèchement graduel des terres. Donc, une réduction des récoltes, ce qui affectera aussi la production industrielle de délices artificiels.
Heureusement, un tournant majeur semble avoir été franchi récemment. En effet, l'économiste anglais et ancien grand patron de la Banque mondiale, Nicholas Stern, a fait passer les préoccupations environnementales des cafés granolas de campus universitaires à la cour des grands décideurs de ce monde. Il aura suffi du dépôt d'une étude de 700 pages commandée par le gouvernement britannique sur les impacts du réchauffement de la planète. Il y révèle que d'ici quelques décennies l'effet sur l'économie pourrait être pire que la grande dépression des années 1930, avec une facture de plus de 7 000 G$ (milliards de dollars). Au Canada, cela occasionnerait des dépenses annuelles de 14 G$ par an.
Bref, non seulement les torts causés par la pollution environnementale sont reconnus dans les plus hautes sphères, mais l'inaction s'avère inacceptable du fait qu'elle aura un coût exponentiel désormais connu et quantifié. Alors que l'Agence mondiale de l'énergie observe une explosion de la consommation des matières fossiles, malgré les efforts de réduction des gaz à effet de serre du Protocole de Kyoto, les gouvernements ne peuvent rester béats. Ils doivent diriger l'action, une leçon percutante que la Conférence de Nairobi aura infligée tant aux Conservateurs du Canada que des États-Unis.
Prendre le virage vert
Il est d'ailleurs amusant et réjouissant de percevoir un changement de ton et de discours à Ottawa, où ça patine et pas uniquement sur le canal Rideau. Que l'équipe parlementaire fédérale avec à sa tête le brillant député Blackburn toujours prompt à accuser les environnementalistes de tous les maux se rassure, il y a moyen de faire de l'écologie et de l'efficacité énergétique une industrie prospère. Le Québec est d'ailleurs un meneur de jeu dans ce créneau naissant. Outre Hydro-Québec, qui est un modèle international de production d'électricité, des entreprises comme CO2 Solutions, Biogénie et H2O Innovations comptent parmi les fleurons qui décontaminent déjà nos rejets toxiques.
L'avenir appartient à ceux qui prennent le virage vert. Après le boum des technologies de l'information, le développement économique passera bientôt par les technologies de l'environnement. Le Québec se trouve déjà bien positionné pour tirer son épingle du jeu. Il serait dommage que l'élite pétrolière de Calgary, aux commandes du pays, le convainque davantage qu'il constitue une société distincte. Et, aux sceptiques invétérés qui refusent de reconnaître une quelconque évidence des méfaits de la pollution atmosphérique sur la santé de l'humanité et qui s'entêtent à faire l'autruche, il serait temps de sortir la tête du sable et de courir à l'ombre avant d'attraper un cancer de la peau...